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Dominique Van Deth a participé et géré le programme start-ups d’Oracle et dispose d’une expérience de terrain dans le domaine du Corporate Venture  et de la gestion  de l’innovation. Il nous donne sa vison du marché des start-ups et des relations avec les grandes entreprises à un moment  où le modèle de Corporate Venture à la française semble devoir être réinventé.

 

Digital CMO – Quelles sont les priorités les start-up françaises pour les mois à venir  ? Sécuriser les financements, miser sur le corporate venture, investir dans de nouvelles ruptures technologiques ?

Dominique Van Deth  : il y a un fort intérêt médiatique pour les levées de fonds même si certaines voix s’élèvent comme celle de Denis Fagès qui dans une tribune est intervenu pour expliquer qu’il fallait arrêter d’associer la réussite d’une start-up au montant de ses levées de fonds.  En réalité, de moins en moins de  start-ups lèvent des fonds sur leur seul projet et j’observe que c’est de plus en plus leur capacité à générer une bonne traction commerciale qui leur permet de lever des fonds. Certaines start-ups l’ont bien compris et elles ont renforcé leur stratégie dans ce domaine en investissant de plus en plus dans une communication orientée client par le biais d’actions de content marketing ou de growth hacking sur les influenceurs. J’observe que cela leur permet aussi d’éduquer le marché sur des solutions qui sont nouvelles pour les utilisateurs.  La levée de fond devient alors un complément pour accélérer la croissance sur le marché national et encore plus à l’international, un sujet qui est crucial pour l’avenir de beaucoup de start-ups. Enfin, par rapport aux enjeux que je perçois pour cette année, je trouve que les start-ups ne mettent pas assez l’accent sur le recrutement. Le marché de l’emploi technologique est tendu et pour maintenir leur croissance,  elles devront investir plus en recrutement.

Digital CMO – Vous intervenez dans un certain nombre de grands groupes sur la relation avec les start-ups ! Qu’est ce qui pourrait changer dans les mois qui viennent dans ce domaine ?

Dominique Van Deth : Avec  les accélérateurs corporate,  on a vécu ces derniers mois un effet de mode qui doit maintenant être rationalisé et pérennisé. J’ai l’impression que dans les grands groupes, les comités de direction souhaitent maintenant que les accélérateurs soient plus alignés avec les objectifs stratégiques de l’entreprise. Et beaucoup souhaitent se tourner davantage  vers l’intrapreneuriat qui est une source complémentaire d’innovation très importante. Les accélérateurs privés, eux, vont devoir évoluer vers un modèle de fond, accompagnés en partie par les pouvoirs publics ou par la Bpi. Pour les fonds de corporate ventre,  c’est plus difficile de prévoir ce qui va se passer. Ils sont souvent tiraillés dans leurs actions  entre la logique financière et la logique stratégique. Les start-ups doivent être vigilantes car, dans certains cas, l’entrée d’un fond de corporate venture peut limiter la croissance future et les perspectives de sortie. C’est un point que j’ai déjà abordé dans une tribune.  Globalement, pour les startups, les relations avec les grands groupes  restent compliquées. Pour preuve, le dernier rapport David avec Goliath 2017 indique que, en comparaison avec 2016, 27% des startups se déclarent moins satisfaites de leurs relations avec les grands groupes contre seulement 18% qui estiment être  plus satisfaites.

Digital CMO :  Pour mieux suivre l’innovation que conseillez-vous aux grands groupes et aux investisseurs ?

Dominique Van Deth : J’aimerai bien prédire le futur et le partager avec les lecteurs, mais c’est un exercice extrêmement délicat. Plus sérieusement, il faut savoir que les disruptions technologiques se préparent sur des temps assez longs et c’est assez facile à identifier. En revanche, je trouve que les grandes entreprises et les investisseurs ne travaillent pas assez sur les signaux faibles. J’en vois deux actuellement qui seront utiles pour mieux investir ou mieux coopérer avec des start-ups. Il faut, par exemple, étudier le comportement des « non-clients et repérer les concurrents  et initiatives start-ups offrant des solutions à ces non-clients. C’est une méthode agile. La difficulté pour les acteurs établis comme les grands groupes, c’est que les nouveaux marchés ne sont pas intéressants pour eux au départ car ils sont à faible volume et à faible marge. Cette approche permet d’anticiper l’avenir de manière simple et de faire du corporate venture autrement.

 


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