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Evalué à 24 milliards d’euros, le marché français de l’intérim entame sa transformation digitale avec des startups développant des stratégies basées sur la dématérialisation et l’automatisation. Créée par Stéphanie Delestre, Qapa est une agence d’intérim 100% digitale embauchant déjà 1 000 intérimaires par mois. Qapa vient de recruter Laurent Delaporte, ancien CEO de NetMediaEurope et ancien vice-président Europe chez Microsoft, pour bousculer un peu plus ce marché.

Vincent Biard : Quelle va être votre mission chez Qapa ?

Laurent Delaporte : J’ai été recruté pour faire passer Qapa du stade de start-up à celui de scale-up et nous fonctionnons en binôme avec Stéphanie Delestre qui a créé l’entreprise il y a sept ans. La société a accéléré ces trois dernières années et regroupe aujourd’hui une soixantaine de collaborateurs répartis entre Grenoble et Paris où est basée la direction commerciale et marketing. Qapa a réalisé une levée de fonds de 11 millions d’euros début 2017 qui nous permet de gérer notre croissance.

Vincent Biard  : Allez-vous procéder à une autre levée de fonds ?

Laurent Delaporte : Nous en aurons sans doute besoin quand la société passera un cap supplémentaire. L’un des objectifs est d’abord de structurer la société notamment avec des profils un peu plus seniors pour être capables de gérer cette hyper croissance. Nous visons les 120 salariés à la fin 2020.

Vincent Biard : Digital Comment se situe Qapa sur le marché des plateformes d’emploi en France ?

Laurent Delaporte : Le premier site d’emploi français reste Pôle Emploi. Le marché de l’intérim pèse 24 milliards d’euros de contrats et nous sommes donc très petits avec nos 1 000 embauches mensuelles réalisées en 2018. Chaque année, près de 900 000 intérimaires sont embauchés via des contrats à durée déterminé. Les leaders du marché sont Adecco, Manpower ou Randstad qui fonctionnent avec un modèle traditionnel d’agences locales alors que nous proposons un modèle 100% numérique. Notre ambition est de digitaliser le marché de l’intérim et nous nous adressons principalement aux non-cadres.

Vincent Biard : Qu’avez-vous digitalisé ?

Laurent Delaporte : Nous avons complètement digitalisé la chaîne de gestion et d’administration des contrats avec le donneur d’ordre et l’intérimaire. Nous avons donc dématérialisé les tâches effectuées par les agences de travail temporaire de l’envoi des pièces justificatives jusqu’à la signature électronique avec bien sûr la dématérialisation des contrats de travail ou des bulletins de paie.

Vincent Biard: Comment se rémunère Qapa ?

Laurent Delaporte : Qapa prélève 15 % sur le salaire brut chargé de l’intérimaire alors que ce taux est à 30 ou 40 % pour une entreprise de travail temporaire traditionnelle. De plus, Qapa ne prélève pas de commission sur les recrutements d’une durée supérieure à trois mois  et il n’y a pas de frais non plus pour les embauches ensuite en CDI.

Vincent Biard  : Qapa a démarré comme Job Board en publiant des offres d’emploi et des CV  puis s’est recentré sur l’intérim pour bénéficier du boom du travail temporaire. Ce changement de stratégie est-il profitable ?

Laurent Delaporte : Oui cela a été un recentrage gagnant. De plus nous avons gardé une base de données de quatre millions et demi de candidats qui nous nous sert de levier pour identifier les profils et les intérimaires. Dorénavant, nous ne faisons plus de placement en CDI  mais nous facilitons la pré embauche de nos intérimaires. Le modèle intérimaire offre une protection sociale beaucoup plus importante que le placement d’auto entrepreneurs proposés par d’autres.

Vincent Biard : Qu’est ce qui vous différencie des autres startups et des grandes enseignes de travail temporaire qui ont lancé des offres 100 % digitales ?

Laurent Delaporte : Ce qui nous distingue est d’être tout numérique. Les formalités sont facilitées, l’intérimaire n’a pas besoin de se rendre dans une agence et c’est transparent pour le donneur d’ordre.

Vincent Biard : Etes-vous présents sur tous les différents secteurs économiques qui font appel à l’intérim ?

Laurent Delaporte : Il y a des besoins et des risques différents selon les filières professionnelles. Nous sommes peu présents sur le BTP car il y a beaucoup de risques d’accidents de travail et une concurrence exacerbée de personnel délocalisé. Nous sommes également peu présents sur la restauration car ce sont des contrats très courts et nous cherchons à pérenniser la relation avec notre intérimaire pour lequel nous visons le développement de son taux d’occupation. Nous nous intéressons beaucoup aux métiers de la logistique, du service et de l’industrie.

Vincent Biard : Comment procède Qapa pour recruter des candidats à des missions d’intérim ?

Laurent Delaporte : Il faut évidement s’inscrire sur le site si l’on cherche du travail. Nous sommes très présents sur les réseaux sociaux et sur un certain nombre de forums pour identifier les demandeurs d’emplois et comprendre leur CV ou leurs expériences pour ensuite être capables de matcher et de leur faire des propositions.

Vincent Biard : C’est cette technologie de matching qui vous distingue ?

Laurent Delaporte : C’est un élément fort de notre différenciation car nous sommes très fondamentalement une entreprise de technologie. Nous avons une équipe d’une quinzaine d’experte du machine learning basée à Grenoble que nous allons accroitre. Nous continuons à développer des algorithmes de machines ou d’appairage pour parler français afin de reconnaitre dans l’expérience d’un candidat les compétences qui le rendront efficient pour une nouvelle mission.

Vincent Biard : Quelles sont les limites d’un service d’intérim 100% digital ?

Laurent Delaporte : Les limites de qualité et de compétences des algorithmes mais nous y travaillons. Il faut ensuite que l’intérimaire et le donneur d’ordre soient ouverts aux nouvelles technologies. Nous avons lancé une nouvelle génération d’applications mobiles Android et iOS  cette année afin de permettre aux candidats de signer un contrat et de trouver une mission en trois clics. Cette application offre une relation suivie et proche pour les intérimaires. La relation aux donneurs d’ordres se fait via un site web mais demain nous serons 100% mobile. Ceci dit, faire de la gestion de contrat sur un écran mobile reste encore limité.

Vincent Biard : Stéphanie Delestre a défini Qapa comme une société de Big Data, c’est toujours le cas ?

Laurent Delaporte : Le matching et l’appairage sont de la gestion de données. Il y a une vraie complexité dans notre activité avec la connaissance des métiers connexes pouvant s’exercer dans plusieurs secteurs. Les donneurs d’ordres en France ont parfois du mal à trouver des candidats parce que la manière dont ils les cherchent n’est alors pas adaptée. Il y a un important travail de matching à faire. Nous sommes pionniers mais d’autres essayent aussi de le faire.

Site web : https://www.qapa.fr/

 

 


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