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Les 23 et 24 mai 2018, le Président Emmanuel Macron a tenu plusieurs discours sur les startups, leurs financements et les grands groupes. Que faut-il en retenir ?

Lors de son allocution à la troisième édition de Vivatech, le Président de la République française, Emmanuel Macron, a reconnu que, dans l’Hexagone, « nous sommes trop lents et trop hésitants », notamment pour le financement des startups et l’accueil des grands noms du numérique (une soixantaine d’entre eux étaient invités la veille au Palais de l’Elysée). Dans son discours à Vivatech, il s’est félicité que certaines startups, comme Scality, lèvent des niveaux de fonds comparable aux startups américaines ou encore que des jeunes entreprises innovantes, comme Teads  soient rachetées pour plusieurs centaines de millions de dollars (Teads par Altice). Selon lui, cela serait dû à la vigueur de l’écosystème français du financement (dont celui des « venture capitalists » , les fameux « VC », à l’instar de BPI France). Pourtant, on ne voit pas encore véritablement de « licornes françaises », en dépit des 7,5 milliards d’euros investis dans le venture capital au cours des quatre dernières années.

Plus « grands groupes » que startups ?

Emmanuel Macron a beau s’en défendre : ses discours font la part plus belle aux grands du numérique (étasuniens pour la quasi-totalité d’entre eux) qu’aux startups françaises. Dans ce contexte, sa volonté de refuser à la fois le modèle des Etats-Unis (« trop dérégulé ») et le modèle chinois (« trop régulé et centralisé ») semble être un vœu pieu.

L’initiative « Techforgoods » apparaît de fait davantage une opération de séduction dédiée aux grandes marques de l’industrie IT qu’un montage permettant à des startups françaises (ou européennes) de passer le cap du milliard de dollars de valorisation (définition d’une « licorne »). La France va    donc se concentrer sur des financements plus modestes (« avec des tickets de 30 à 50 K€ » a précisé Emmanuel Macron), sensés permettre aux startups françaises de réaliser leurs premiers pas.

Vers une fronde française « anti tech » ?

Dernier point, la contestation « anti nouvelles technologies » qui prend corps en France ne doit pas être sous-estimée. Comme à son habitude, Emmanuel Macron s’est exprimé dans un anglais impeccable pour donner rendez-vous aux géants de l’IT au mois de novembre 2018 (le centenaire de l’Armistice de 1918) et à l’annonce d’une « nouvelle politique de l’innovation » (dont les détails n’ont pas été précisés). L’étiquette « ami des startups » – qui colle au personnage Emmanuel Macron – devient gênante et conduit le Président de la République à tenir des propos contradictoires. D’un côté, il affirme qu’il ne faut pas « avoir peur des changements » (la transformation numérique) ; de l’autre, il clame que les principaux acteurs de ce changement « ne sont pas exemplaires ». Si cette ambiguïté n’est pas rapidement levée, elle pourrait inquiéter les investisseurs et les startups françaises porteuses de projets « disruptifs ».

Pascal Boiron, Digital CMO


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