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Un rapport de Capgemini Research Institute donne l’état d’avancement des projets IA dans les entreprises au cours de trois dernières années. Les secteurs des sciences de la vie et de la distribution sont particulièrement avancées. Les facteurs de succès commencent à émerger clairement en dépit du contexte économique.

Selon cette étude, plus de la moitié (53%) des entreprises interrogées par Capgemini ont désormais dépassé le stade des projets pilotes en IA, ce qui, selon l’ESN française, représente une nette augmentation par rapport aux 36% mentionnés dans le rapport Capgemini 2017 sur le même sujet.

Surtout la crise du Covid-19 semble avoir accéléré le mouvement pour 21 % d’entre-elles. Cependant l’étude mentionne aussi un certain attentisme :  43% d’entre elles ont cessé d’investir dans l’IA et 16% supplémentaires ont suspendu toutes leurs initiatives  en raison des incertitudes économiques liées au Covid-19.

Le bilan est donc contrasté en dépit des bénéfices de l’IA mis en avant dans bien des secteurs d’activités. Pour l’instant les bénéfices cités sont liés à des projets où un meilleur ciblage des consommateurs génère un impact direct sur la croissance des revenus. Selon Capgemini 79% des organisations ayant réussi le passage à l’échelle de leurs initiatives IA enregistrent une augmentation de plus de 25% des ventes de produits et de services traditionnels. De plus, 62% d’entre elles constatent également une diminution d’au moins 25% du nombre de réclamations de clients et 71% observent une réduction d’au moins 25% des menaces de sécurité. 

Sur le plan sectoriel l’étude mentionne que les  secteurs des sciences de la vie et de la distribution sont en avance.  Ils  sont suivis par les secteurs de l’automobile et des produits de consommation, qui totalisent 17% chacun, puis par les télécommunications (14%).

Les trois facteurs de succès d’un projet IA

Au delà des chiffres, ce rapport donne quelques pistes sur les facteurs de succès dans ce type de projet. Le premier facteur cité est celui de la qualité et fiabilité des données utilisées. Pour les auteurs de ce rapport l’amélioration de la qualité des données arrive en tête des approches qui les aident à tirer davantage parti de leurs systèmes IA.  Cela passe notamment par une gouvernance des données et un accès assez large à toutes les données disponibles.

Le second facteur de succès cité est le recrutement spécifique de talents dans ce domaine. Plus de la moitié des organisations ayant réussi le passage à l’échelle de leurs initiatives IA (58%) ont nommé un responsable IA qui peut offrir une vision aux équipes de développement note Capgemini. Enfin le troisième facteur de succès est actuellement plus complexe à mettre en œuvre par les entreprises. Il s’agit de lier les usages de ces nouveaux services et la confiance et satisfaction des utilisateurs. Un sujet complexe au regard des réglementations en vigueur tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Mais pour que cette confiance dans ces services automatisés s’installe définitivement, il faut que les entreprises puissent clairement analyser tout le processus de fabrication de leurs données et “sur la manière dont les systèmes IA produisent leurs résultats” note Capgemini.

Crédit photo : Ars Electronica on Visualhunt.com / CC BY-NC-ND

Depuis le début de la crise du Covid-19, les grandes entreprises de la Tech sont en pointe dans la gestion de leurs employés face au risque sanitaire. Pour la plupart, elles n’envisagent pas un retour de leurs salariés dans leurs bureaux avant la fin de l’année. Parallèlement les annonces en matière de solutions de distanciation autour du collaboratif  se sont multipliées. Dernière en date : le lancement de Work.com par Salesforce. 

C’est fin mai que Mark Zuckerberg a annoncé que la moitié des 48 000 employés de Facebook pourraient être en télétravail permanent d’ici 5 à 10 ans et il a aussi annoncé la création de centres de travail à distance à Atlanta, Dallas et Denver. Jack Dorsey, PDG de Twitter, a également prévenu  ses 4 000 employés que le télétravail pourra être prolongé. Chez Google, le CEO Sundar Pichai a déclaré que ses employés pourraient  travailler à domicile jusqu’à la fin de l’année, voire même jusqu’en 2021 selon d’autres sources. Cette tendance semble largement adoptée par l’écosystème californien de la Tech selon la presse spécialisée américaine.

L’une des premières conséquences de ce changement de mode de travail est la réduction de 30% du projet Willow Village de Facebook. Annoncé en 2017 dans la baie de San Francisco, ce campus de 11 600 m2 devait accueillir 1 500 logements, un hôtel de 250 chambres, des équipements collectifs et des bureaux pour les employés de la firme. Même si Facebook assure que la réduction de son projet de cité ouvrière du XXIème siècle -dont les travaux doivent être lancés en 2021- n’est pas dû au développement du télétravail, on peut quand même en douter.

Toujours en termes d’immobilier, la réduction du nombre d’employés dans les bureaux de la Silicon Valley y diminuera (peut-être) la pression immobilière et permettra, en plus, aux géants de la Tech d’investir beaucoup moins dans l’agrandissement de leurs bureaux. Pour recruter et conserver leurs employés, les GAFA ont promu des concepts de larges bureaux intégrant des services à la personne mais avec l’amplification du télétravail, le développement de ces nouvelles cités radieuses pourrait logiquement s’atténuer. Des économies en vue pour la Tech…

Les services de distanciation : un nouveau eldorado pour la Tech et une menace pour bien des secteurs d’activité

Mais les contraintes créées par la nécessaire distanciation du Covid-19 pourraient également représenter de nouvelles opportunités pour l’industrie de la Tech. Les services de distanciation sont en train de devenir un marché à part entière et les résultats de Zoom le prouvent : dix millions d’utilisateurs en décembre 2019 et 300 millions en avril 2020 ! Cette plateforme californienne de messagerie instantanée et de vidéoconférence a doublé son chiffre d’affaires et devrait passer facilement le cap des 1,5 milliards de revenus cette année.

Pour concurrencer Zoom, Microsoft a ajouté des fonctionnalités à Teams avec notamment une utilisation gratuite de réunions en visioconférence alors qu’auparavant au moins l’un des participants devait  disposer d’un abonnement Microsoft 365. Toujours pour concurrencer Zoom, Google a simplifié et amélioré Meet tandis que Facebook a lancé Messenger Rooms, sa solution de visioconférence.

En plus de ces solutions, de nouveaux outils et services collaboratifs adaptés à la distanciation sont développés par la Tech et sont susceptibles de viser de nouveaux marchés comme l’événementiel d’entreprise, la relation commerciale ou la gestion des ressources humaines et la formation. Ainsi Saleforce, l’un des leaders des services de relation client et des applications de CRM,  a lancé la plateforme work.com pour les directions des ressources humaines. C’est Olivier Derrien, responsable de Salesforce en France, et Guillaume Pépy, ancien PDG de la SNCF dorénavant au comité de surveillance de Salesforce en Europe, qui ont présenté cette solution  lors d’un webinar organisé le 12 juin dernier. Conçue sur la plateforme de Salesforce cette solution permet de gérer les flux des employés dans les bureaux, des enquêtes de ressources humaines, de créer des dashboard et de réaliser des formations.

L’inexorable digitalisation de la Tech sera-t-elle acceptée par les salariés ?

Finalement l’écosystème de la Tech poursuit sa croissance avec la même méthode et le même génie. La crise du Covid-19 impose la distanciation ? La conscience environnementale des consommateurs exige la limitation des déplacements polluants ? Les marques veulent une relation client one to one ? La Tech répond à ces besoins mais avec des solutions susceptibles de cannibaliser bien des secteurs d’activités. Le secteur de l’événementiel est le premier concerné. En France, il génère, selon les sources, plus de 30 milliards d’euros de retombées économiques. L’industrie de la Tech a déjà multiplié ses webinars et décidé de digitaliser ses grandes messes annuelles comme l’indique l’organisation de la prochaine conférence de AWS ou celle à venir de HPE le 23 juin prochain.

Les autres grands secteurs d’activité vont-ils suivre ? Les entreprises vont-elles en profiter aussi pour digitaliser massivement d’autres usages comme la négociation commerciale ou la formation ? Une partie de la réponse est du coté des salariés et de ce qui leur sera proposé en matière d’organisation et de conditions de télétravail. Mais au delà des discussions réglementaires en cours  sur le télétravail, ce sont aussi les aspirations des salariés dans ces domaines qu’il faudra observer. L’industrie de la Tech est déjà prête à changer leur vie au travail.

 

Alors que les investissements en intelligence artificielle explosent outre-atlantique, la France et l’Allemagne ont décidé de s’associer dans le domaine de la maîtrise des données. L’objectif est de favoriser l’interopérabilité des données entre les entreprises et surtout de gagner la bataille du cloud souverain qui, pour l’instant, est mal engagée.

Comme cela est présenté dans le communiqué de presse avec le projet GAIA-X, l’Allemagne et la France poursuivent l’objectif de construire une infrastructure de données fiable et sécurisée pour l’Europe. Ce projet annoncé le 4 juin dernier par Bruno Le Maire va fédérer 22 entreprises (onze allemandes et onze françaises).

Tous les membres de cette nouvelle organisation s’engagent à suivre les principes suivants. D’une part, elle auront à charge de garantir la souveraineté des données et d’autre part leur disponibilité, leur interopérabilité et enfin leur portabilité. La porte à la création d’un cloud souverain semble s’ouvrir afin d’éviter que ces entreprises choisissent de travailler exclusivement avec les fournisseurs de cloud américains.

Cette alliance  oblige donc indirectement ces entreprises à investir dans un cloud souverain alors que cette offre n’existe pas encore en tant que telle. Par ailleurs au niveau des usages cela reste flou. Le communiqué précise que 40 exemples d’applications dans huit domaines (la santé,  les finances, le secteur public, le smart living, l’énergie …) ont été sélectionnés mais là encore il s’agit d’une construction avant tout  technique pour structurer les données.

Gagner la bataille du cloud souverain

Par ailleurs, pour l’instant il n’y pas beaucoup de précisions sur la nature de cloud souverain qui abritera les données de ces 22 entreprises. En France, une initiative similaire avait été menée en matière de cloud souverain il y a moins de dix ans avec la création de Numergy (SFR) et Cloudwatt (Orange) avec l’aide de l’Etat. Les deux sociétés ont été fermées rapidement  après avoir englouties quelques centaines de millions d’euros d’argent public.

Pendant ce temps, Microsoft, Google et AWS continué à déployer leurs infrastructures pour assurer aux entreprises une meilleure localisation de leurs données. Si Google n’a pas confirmé qu’il construirait un cloud en France, Microsoft dispose de quatre  data center dans l’Hexagone. De son coté AWS a annoncé la construction d’un data center  en Italie. Avec la montée en puissance des besoins de sécurité et de protection des données liés aux nouveaux usages du télétravail et du collaboratif, les besoins de cloud souverain vont exploser dans les mois qui viennent.

En favorisant ce marché, les Gouvernements français et allemands espèrent pouvoir structurer une offre européenne. Quelques acteurs de la filière cloud française pourraient en profiter comme OVH ou Outscale. Cela demandera des levées de fonds complémentaires par rapport à des approches initiales trop cloud publics et surtout la création de tout un écosystème autour de ce marché.  Pour l’instant les startups de cet éco système  du cloud ont choisi majoritairement de devenir franco-américaines. C’est le cas de Dataiku après sa levée de fonds avec Google. Cela sera l’autre enjeu de la structuration de ce cloud souverain  franco-allemand dans les mois qui viennent.

Microsoft a présenté pour son trimestre fiscal  se finissant fin mars des revenus en hausse de 15 % et des profits en augmentation de 22 %. La firme de Bill Gates bénéficie de ses investissements avisés  dans le collaboratif avec Teams, le cloud avec Azure et dans le marketing sur les réseaux sociaux avec LinkedIn. Des usages qui ont explosé pendant cette crise du Covid-19 et qui devraient continuer à se développer dans les mois qui viennent.

Sur ce trimestre les revenus de Microsoft  sont établis à 35,0 milliards de dollars et ont augmenté de 15%. Le bénéfice net était de 10,8 milliards de dollars et a augmenté de 22%. Une croissance dopée par la crise du Covid-19 et tous les usages liés à l’économie de distanciation comme le concède son PDG dans le communique de presse présentant ses résultats.

«Nous avons assisté à deux ans de transformation numérique en deux mois. Du travail d’équipe à distance et de l’apprentissage, aux ventes et au service client, à l’infrastructure cloud critique et à la sécurité – nous travaillons chaque jour aux côtés des clients pour les aider à s’adapter et à rester ouverts aux affaires dans un monde de tout à distance » a déclaré dans ce communiqué Satya Nadella, PDG de Microsoft.

Le cloud en hausse de 39 % et LinkedIn voit ses revenus publicitaires progresser de 21 %

Selon les résultats communiqués par Microsoft, le cloud a représenté 13,3 milliards de dollars de CA en hausse de 39%. Le chiffre d’affaires des produits serveurs et services cloud a augmenté de 30% porté par une croissance du chiffre d’affaires sur Azure de 59%.

Parti en retard sur ce type de d’infrastructure notamment face à AWS, Microsoft a  fait d’Azure sa plateforme de base pour tous ses logiciels et ses services collaboratifs. C’est ce choix qui a permis à Microsoft de répondre à l’explosion de la demande en télétravail  sur son service Teams  durant cette crise tout en garantissant une  certaine sécurité de ses services. Ses concurrents plus avancés sur cet usage, comme Zoom par exemple, ont davantage souffert de la monté de puissance de leur services et ont dû se rapprocher d’autres grandes plateformes cloud comme celle d’Oracle par exemple dans le cas de Zoom.

Dans ces résultats, il est noté que les revenus de LinkedIn sont en progression de 21 % même si Microsoft estime que la croissance s’est ralentie sur la fin de ce trimestre du fait d’une diminution des investissements publicitaires des petites entreprises. Un segment de marché qui semble utiliser fortement le réseau social de Microsoft.

En photo : Satya Nadella, CEO de Microsoft ©DR

 

La licorne américaine Palantir, experte du Big Data, propose une application pour tracer la pandémie et permettre ainsi au système de santé de l’anticiper. Des négociations seraient en cours avec plusieurs pays dont la France pour utiliser ce système d’intelligence artificielle prédictif dans la lutte contre le Covid-19.

D’après la société californienne Palantir, les données de santé sont capturées de manière très incohérente et fragmentée. Palantir propose d’en standardiser le recueil via son application web Foundry pour ensuite produire des prédictions de diffusion de l’épidémie du Covid-19.  L’application web de Palantir se compose d’un formulaire de rapport de cas à compléter pour chaque patient par le personnel médical et d’une interface de connexion automatique avec le dossier médical des patients.

Les données de rapport de cas anonymisées sont ensuite envoyées aux autorités de santé en temps réel afin qu’elles puissent selon Palantir « en conservant le contrôle total et la propriété de leurs données […] coordonner la logistique de la chaîne d’approvisionnement pour les équipements critiques […], identifier les populations vulnérables dans les points chauds émergents et atténuer l’impact économique sur les entreprises et les employés ».

La National Heath Service England, l’équivalent de la sécurité sociale en Grande-Bretagne a déjà choisi l’application Foundry de Palantir avec les supports techniques de Microsoft, d’Amazon Web Services (AWS), de Google ainsi que de la société londonienne Faculty spécialiste de l’intelligence artificielle. Selon le média Bloomberg des négociations seraient en cours avec plusieurs pays dont la France avec l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) regroupant 39 hôpitaux en Île-de-France comme potentiel premier client.

Une solution efficace mais aussi controversée

Le choix éventuel de Palantir par les Hôpitaux de Paris (mais aussi, pourquoi pas, par l’ensemble du système de santé français) serait certainement efficace dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19 mais la question des données médicales françaises exploitées par une société américaine soulève des questions d’éthique. En effet, Palantir est soumise à la loi fédérale américaine du Cloud Act et peut être contrainte de communiquer aux autorités américaines les informations stockées sur ses serveurs hébergés aux USA mais aussi à l’étranger. De plus, travaillant pour la CIA ou le FBI, Palantir serait un peu trop proche du Gouvernement américain pour lui confier des données sensibles selon certains.

Reste que Palantir est l’une des sociétés les plus performantes dans le domaine du Big Data et elle compte même la Direction générale de la Sécurité intérieure française (DGSI) parmi ses clients dans le cadre de la lutte antiterroriste. Fondée en 2004, Palantir aurait réalisé près d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2018. Estimée à 20 milliards de dollars lors d’une levée de fonds en 2015, Palantir pourrait atteindre 41 milliards de dollars de valorisation pour son introduction en bourse envisagée à l’horizon 2020 selon le Wall Street Journal.

Mise à jour du 20 avril 2020 :  Comme rapporté par BFM TV le 17 avril 2020, l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a reconnu avoir été contactée par Palantir sans toutefois donner suite à ces contacts.

Avec la crise du Covid-19, le télétravail s’est intensifié et créé de nouveaux usages pour les réseaux de télécommunications et le cloud. Dirigeant de la société Oopaya de services d’infrastructure haute disponibilité, Jean-Pierre Genet est un expert du cloud qui vous livre ses impressions sur les effets de la situation actuelle.

Vincent Biard – Avec le développement du télétravail induit par la crise du Covid-19, que craignez-vous ?

Jean-Pierre Genet – Nous voyons que des sociétés ont donné de l’élasticité à leur sécurité parce qu’elles ont été obligées de fournir des accès VPN à leurs collaborateurs pour qu’ils puissent travailler à distance. Cela posera peut-être problème dans quelques mois. C’est une période durant laquelle il faut être vigilant car des hackers pourraient en profiter. Nous craignons un effet de cybercriminalité post-crise.

Vincent Biard – Est-ce qu’il y a assez de bande passante ?

Jean-Pierre Genet – Comme les gens ne travaillent plus en entreprises, les tuyaux qui les alimentent ne sont plus utilisés mais ceux entre les particuliers et les data centers sont saturés. Les principaux opérateurs ont eu des pannes et des problèmes de bande passante que cela soit Free, Bouygues et Orange qui leur a même redonné de la bande passante. Orange a réaffecté de la bande passante sur le backbone et a constaté un accroissement du streaming.

Vincent Biard – Et des incidences sur le cloud ?

Jean-Pierre Genet – Nous constatons aussi une surcharge dans les data centers de cloud public. Il y a eu ainsi des pannes chez Microsoft aux Etats-Unis. En Europe, on voit bien une augmentation de l’accidentologie entre les opérateurs de télécoms et les opérateurs de cloud dans les data centers.

Vincent Biard – Beaucoup d’entreprises regrettent peut-être de ne pas avoir migré certains services dans le cloud notamment au niveau collaboratif, que recommandez-vous comme approche dès que l’on sera sorti de cette crise?

Jean-Pierre Genet – Si l’on observe des outils Microsoft de type Teams, on s’aperçoit qu’ils chargent énormément les data centerseuropéens mais aussi aux Etats-Unis puisqu’il y a eu également des pannes là bas. Cela permet néanmoins aux équipes de travailler. Cela permet peut-être aussi d’accélérer la convergence des solutions téléphoniques, CRM, ERP dans les entreprises.

Vincent Biard – Quels sont les services cloud et les applications qui ont retenu votre attention ?

Jean-Pierre Genet – Nous notons l’émergence de l’outil de web conférence Zoom qui a été adopté par un bon nombre de sociétés. Du point de vue d’un usage plus particulier, nous voyons l’application House-party qui permet de faire des visios personnelles assez pratiques mais limitée à 8 participants. Nous voyons aussi tout ce qui concerne les accès Wi-Fi avec les extendeurs permettant de se connecter partout dans la maison. Il est important que les accès internet soient de bonne qualité. Il y encore parfois en région des accès ADSL pas très performants qui posent problème pour travailler depuis la maison ou faire de la visio.

Site web : https://www.oopaya.com

Un peu avant la crise sanitaire, Microsoft et Jouve ont précisé leur partenariat dans le cloud et l’IA. Ces deux axes technologiques semblent clés pour un secteur de santé qui cherchera de nouvelles pistes pour la gestion de ce type de crise.

Depuis septembre 2019 le groupe Jouve déploie les solutions Azure pour le cloud et l’intelligence artificielle mais le groupe utilisait déjà les suites Microsoft Office 365 et Dynamics 365 en interne. « Nous cherchions un hébergement API et seuls Microsoft, AWS, AliBaba et OVH le proposent. Nous stockons trois péta-octets de données et nous sommes confrontés à une augmentation exponentielle. Nous avons aussi besoin de l’IA et des algorithmes de Microsoft pour compléter les algorithmes développés par Jouve depuis 30 ans » résume Sébastien Drouin, Chief Technology Officer du groupe Jouve.

Devenu 100% digital depuis la cession récente de son imprimerie (15% de son CA), le groupe Jouve qui emploie 2 000 personnes dont 700 en France est un expert des données métiers au CA global de 115 millions d’euros en 2018. Le groupe communique sur « 300 workflows dont 80 décisionnels dans le marché bancaire et assurantiel […] à l’actif de Jouve aujourd’hui pour 200 millions d’images traitées par nos outils Optical Character Recognition (OCR) chaque année. »

Créée en 1903 par le journaliste Henry Jouve en Mayenne, l’imprimerie Jouve s’est développée avec succès et s’est adaptée aux nouvelles technologies (applications et hébergement minitel, 1er a avoir fabriquer le CD-Rom) dans les années 80/90pour devenir ensuite un spécialiste du traitement de l’information, de la dématérialisation des documents et des flux de travail.

Des données sensibles et un secteur médical réservé vis-à-vis des GAFA

Aujourd’hui le groupe Jouve est présent dans le secteur bancaire et public mais aussi sur le marché de la santé avec une offre globale de digitalisation pour les acteurs de la protection sociale et pour l’hôpital avec l’approche Know Your Patient (KYP) l’objectif est de simplifier et sécuriser l’admission des patients aux bureaux des entrées.

Premier acteur majeur du cloud certifié « hébergeur de données de santé »en France en novembre 2018 pour ses quatre data centers situés sur le territoire national, Microsoft y héberge le Health Data Hub, cette plateforme française de données de santé destinée à développer l’intelligence artificielle appliquée à la santé. L’hébergement de ces données sensibles par Microsoft soulève des questions et des critiques de professionnels de la santé en termes de protection des données.

Pour Microsoft, le partenariat avec Jouve permet donc d’aborder le secteur de la santé via une entreprise reconnue. « Microsoft a besoin de l’expertise de sociétés comme Jouve avec notamment David Gruson directeur de programme santé du groupe depuis juillet dernier qui connait parfaitement ce secteur et ses interlocuteurs » précise Sébastien Drouin. Ce partenariat aussi illustre la double priorité du développement de projets IA et de la conversion des clients à ses offres Cloud de Microsoft France.

Avec 17,1 milliards de dollars US de recettes fiscales pour 2019, Salesforce progresse de 29% comparé à 2018.  Lors de la présentation de ces résultats, Marc Benioff a annoncé reprendre intégralement ses fonctions de PDG ainsi que l’acquisition de la société californienne Vlocity éditrice de logiciels CRM cloud et mobiles.

C’est depuis San Francisco où il a fondé Salesforce en 1999 avec trois associés que Marc Benioff a présenté, le 25 février dernier, les résultats du quatrième trimestre 2019 ainsi que ceux de l’année 2019 (présentés comme recettes fiscales 2020) du leader mondial des logiciels de gestion de la relation client (CRM).

Au quatrième trimestre de l’année fiscale 2019, le chiffre d’affaires de Salesforce s’est élevé à 4,85 milliards de dollars US soit 35% d’augmentation comparé au quatrième trimestre 2019. Pour l’ensemble de l’année 2019, les recettes de l’année fiscale de l’entreprise se sont élevées à 17,1 milliards de dollars US soit 29% de plus qu’en 2018.

Les revenus  issus d’abonnements et de supports ont représenté 16,0 milliards de dollars en 2019 avec 29% d’augmentation tandis que  les services professionnels et autres revenus sont élevés à 1,1 milliard de dollars soit une progression de 21%. Avec 12,051 milliards de dollars l’Amérique réalise 70,43% de chiffre d’affaires de Salesforce, l’Europe avec ses 3,430 milliards de dollars pèse 20,06% et l’Asie & Pacifique complète l’activité avec 1,617 milliards de dollars en 2019 soit 9,51% de l’ensemble.

Salesforce se renforce sur le marché très concurrentiel du cloud

Tout va bien donc pour Salesforce qui vise un  chiffre d’affaires supérieur à 20 milliards de dollars entre 2020 et 2022. Se développant sur un marketing offensif et sur une croissance externe avec  les rachats de Tableau en 2019 pour 15,7 milliards de dollars et de Mulesoff en 2018 pour 6,5 milliards de dollars, Salesforce se renforce encore avec l’annonce de l’acquisition Vlocity pour 1,33 milliard de dollars.

Créé en 2014 à San Francisco, Vlocity est un éditeur de logiciels CRM cloud et mobiles développés sur la plateforme Salesforce. Forte de 1 000 salariés, la société Vlocity fournit ses solutions aux secteurs de la communication, de l’assurance & services financiers, des médias & divertissements, de la santé, des services publics et enfin de l’énergie, secteur sur lequel Salesforce est peu présent. Cette acquisition renforce aussi Salesforce sur le secteur très concurrentiel du cloud computing.

Enfin, Marc Benioff a annoncé qu’il reprenait seul la direction de Salesforce après l’avoir partagé depuis août 2018 avec Keith Block qui restera néanmoins conseiller de la société. Keith Block avait rejoint Salesforce en 2013 après une carrière de 26 ans chez Oracle. Autre nomination avec celle de Gavin Patterson au poste de président & CEO de Salesforce International en plus de la région Europe Middle East & Africa (EMEA) qu’il dirige depuis septembre 2019.

Les principales annonces Salesforce de la Dreamforce 2019 : vocal, partenariats avec AWS et Microsoft, lancement de Customer 360 Truth

Si on tente de faire le bilan des annonces de Salesforce sur les mois écoulés, au delà du rachat de Tableau Software, on constate deux choses. La première c’est que le vocal fait partie désormais des axes de développement technologique. Pionnier dans le cloud, Salesforce veut l’être aussi dans les nouveaux usages des logiciels BtoB.  Cela a été notamment affirmé en novembre dernier lors de Dreamforce, la conférence annuelle de Salesforce  qui a rassemblé 171 000 inscrits et 13 millions de spectateurs en ligne selon l’éditeur.

« Les enceintes et assistants vocaux représentent une nouvelle révolution dans la gestion de la relation client » avait annoncé  Marc Benioff lors de sa keynote d’ouverture de la Dreamforce 2019. Puis il avait présenté une enceinte connectée baptisée « Einstein Smart Speaker » dotée de l’assistant vocal intelligent « Einstein Voice » qui devrait être disponible en 2021. Salesforce travaillerait aussi sur « Einstein Call Coaching », un moteur de coaching commercial visant à analyser les appels téléphoniques des vendeurs.

Le second constat c’est que Salesforce se considère pas uniquement comme l’éditeur de la solution de relation client des entreprises mais aussi comme celui de toutes les interactions des entreprises avec leurs  clients. Dans cette optique, Salesforce a présenté Customer 360 Truth, une solution permettant aux entreprises de mettre en place une vue unique pour l’ensemble de leurs activités de relation client. Customer 360 Truth recueille des données provenant de sources multiples (vente, service, marketing, commerce) et les connecte pour créer un identifiant Salesforce unique et universel pour chaque client.

Enfin il n’échappera à personne que si Salesforce est un éditeur leader dans le cloud, il ne dispose pas de cloud en propre. Il a donc choisi de se rapprocher opportunément des deux grands leaders actuels de ce marché. Salesforce a annoncé l’expansion du partenariat stratégique international mené avec Amazon Web Services (AWS) en lançant « Salesforce Service Cloud » et en l’intégrantt à Amazon Connect afin de permettre aux entreprises de gérer des millions d’appels par an. AWS devient ainsi le partenaire de prédilection de Salesforce en matière de CCaaS (Call Center as a Service).

Salesforce a également annoncé l’élargissement de son partenariat stratégique avec Microsoft en migrant son offre marketing dans le cloud de Microsoft et en désignant Microsoft Azure comme son fournisseur « cloud public » pour Salesforce Marketing Cloud. Une nouvelle intégration permettant de relier Sales Cloud et Service Cloud à Microsoft Teams est programmée pour fin 2020. Salesforce devient ainsi de plus en plus puissant dans le cloud mais aussi de plus en plus dépendant de Microsoft et AWS.

 

Photo : Marc Benioff ©Salesforce

Malgré un chiffre d’affaires en hausse de 18 % en 2019, Alphabet Inc., maison-mère de Google, a contrarié les investisseurs par ses résultats du quatrième trimestre. Mais pour la première fois, Alphabet Inc. dévoilait les revenus de YouTube mais aussi de Google Cloud qui est en progression de 53 % !

Avec un chiffre d’affaires 2019 de 161,9 milliards de dollars en hausse de 18 % comparé à l’année précédente et un bénéfice de 34,3 milliards de dollars en hausse de 11,7 %, Alphabet Inc. a malgré tout déçu les investisseurs. La raison ? Principalement parce que le chiffre d’affaires du quatrième trimestre à 46,08 milliards de dollars a été moins important que les 46,94 milliards escomptés. Certes 800 millions de dollars de différence mais pas de quoi franchement s’inquiéter.

En publiant pour la première fois les résultats de ses filiales comme YouTube ou Google Cloud, Alphabet semble vouloir montrer qu’elle n’est pas uniquement un moteur de recherche même si Google Search représente 60% du chiffre d’affaires global du groupe avec 98 milliards de dollars (+15% sur un an).

Ainsi YouTube a généré 15,1 milliards de dollars en 2019 (contre 11,2 milliards en 2018 soit +35 %) en publicité soit presque 10 % du chiffre d’affaires d’Alphabet. L’offre payante YouTube TV uniquement disponible aux États-Unis comptabilise deux millions d’abonnés, YouTube Music et YouTube Premium totalisent 20 millions d’abonnés payants pour trois milliards de dollars de revenus. Au total, YouTube recense plus de deux milliards d’utilisateurs dans le Monde.

Google accélère fortement sur le Cloud

Avec un chiffre d’affaires de 8,9 milliards de dollars réalisé en 2019, le service cloud de Google a enregistré une hausse de 53 % par rapport à l’année précédente. A noter que le chiffre d’affaires du cloud  en 2018 était déjà en croissance de 44% par rapport aux 4 milliards de dollars générés en 2017.  Les services cloud de Google sont donc un moteur de croissance pour Alphabet même si le leader AWS (50% de parts du marché) reste loin devant avec 35 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans le cloud en 2019. Avec ces chiffres Google tient à montrer ses ambitions dans le cloud. Les responsables de cette activité soulignent d’ailleurs dans un article récent sur CRN que la dynamique actuelle de Google sur le Cloud  est bien plus positive que celle du marché dans son ensemble. Et que par ailleurs son offre multi-cloud Anthos rencontre un réel succès.

À titre de comparaison, Amazon Web Services a déclaré la semaine dernière 9,95 milliards de dollars de revenus trimestriels ce qui devrait projeter AWS  sur une base annuelle à des revenus cloud de près de 40 milliards de dollars. Parallèlement, les revenus cloud Intelligent Microsoft, qui comprennent son cloud public Azure, ont bondi de 26,5% par rapport à la même période un an plus tôt pour atteindre 11,87 milliards de dollars pour le trimestre clos le 31 décembre dernier.

La publication de ces résultats par Sundar Pichai, CEO d’Alphabet depuis décembre 2019, marque une nouvelle période pour l’entreprise après le départ cet hiver de Larry Page et Sergey Brin cofondateurs de Google en 1998. La capitalisation boursière d’Alphabet avait dépassé 1 000 milliards de dollars et lui avait permis de rejoindre  Apple, Amazon et Microsoft mais ses derniers résultats du dernier trimestre 2019 l’ont fait sortir de ce club très fermé.

Photo : Sundar Pichar, PDG d’Alphabet Inc. depuis décembre 2019. ©DR

Pour télécharger les résultats d’Alphabet Inc. :
https://abc.xyz/investor/static/pdf/2019Q4_alphabet_earnings_release.pdf?cache=05bd9fe

 

 

Amazon Web Services (AWS) a annoncé en janvier que la Bundesliga, la première ligue allemande de football, l’avait choisi pour héberger ses services pour les fans. La Bundesliga utilisera l’apprentissage automatique et les analyses AWS pour améliorer l’expérience des fans et fournir de nouvelles statistiques sur les jeux et les joueurs pendant la saison 2019-2020 et les suivantes.

Alors qu’AWS vient d’annoncer qu’il avait déposé un recours en justice pour suspendre temporairement le contrat  cloud du siècle attribué par le Pentagone à Microsoft (au détriment de la firme de Jeff Bezos), le leader mondial du cloud continue d’afficher ses références dans les services digitaux. Selon un communiqué de presse, AWS est devenu le fournisseur cloud officiel de la Bundesliga et proposera ses services pour faire du live une expérience plus riche pour les fans. La Bundesliga utilisera plusieurs services cloud : l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique (Machine Learning), les services d’analyses, de calculs, de bases de données et de stockages proposés par AWS. L’objectif est de fournir des statistiques en temps réel et des prédictions sur les résultats. Par ailleurs, cela permettra aussi de recommander des séquences de match personnalisées sur mobile, en ligne et en streaming.

Le cloud et des services web pour de nouveaux supports d’information

Dans son communiqué AWS précise que la première ligue nationale de football d’Allemagne pourra créer de nouveaux services en développant une plateforme de statistiques de nouvelle génération sur AWS (développée à partir de Amazon SageMaker), un service entièrement géré pour créer, former et déployer des modèles  de Machine Learning.

La Bundesliga prévoit aussi d’offrir  aux fans des prévisions en temps réel : le moment où un but est susceptible d’être marqué par exemple. Le fan pourra aussi, grâce aux informations statistiques, identifier les opportunités potentielles de buts par rencontre, avoir une vue statistique des mouvements dans un match à partir de données tirées de plus de 10 000 matchs de Bundesliga. Sur le plan des services vidéos, la Bundesliga prévoit également de tirer parti des services AWS Machine Learning tel qu’Amazon Personalize, un service de Machine Learning pour créer des recommandations personnalisées en temps réel afin d’offrir aux fans de football  des séquences de jeu personnalisées, des promotions marketing ou des résultats de recherche en fonction de leurs équipes, joueurs ou matchs préférés.

Au niveau de la valorisation de la vidéo, AWS précise dans son communiqué que la Bundesliga va utiliser un autre service de Machine Learning : Amazon Rekognition, son service de reconnaissance faciale. La Bundesliga va l’utiliser pour construire une base d’archives de plus de 150 000 heures de vidéo avec des métadonnées sur le jeu ou les joueurs afin de proposer -via un moteur de recherches- de nouveaux services vidéos.