Un nouveau hashtag a fleuri ces derniers temps sur les réseaux sociaux : à la manière d’une rock-star ou d’une vedette de cinéma disparue, l’oiseau bleu le plus célèbre au monde (digital) a désormais droit à un #RIPTwitter très populaire. Quoi? Twitter aurait été arraché à notre affection – voire même à notre addiction -, obligeant n’importe quel Serge Aurier à se rabattre sur Périscope pour débiter ses insultes à six lettres, là où n’importe quel tweet en 140 signes aurait fait l’affaire ?
Les nuages, il est vrai, s’accumulent sur le réseau social inventé en 2006 par Jack Dorsey, Evan Williams, Biz Stone et Noah Glass, dont la saga entrepreneuriale est à elle seule un vrai roman (elle est formidablement racontée par Nick Bilton dans « Hatching Twitter: A True Story of Money, Power, Friendship, and Betrayal« ). Créé comme un substitut au SMS (comment répondre simplement à des questions de base comme « Où es-tu » ou d’annoncer des infos aussi essentielles que « J’ai fini tous mes pépitos »), Twitter est devenu un média mondial grâce à quelques tweets historiques (du miracle de l’Hudson River à la réélection d’Obama en passant par le raid final contre Ben Laden). En France, la greffe a pris plus lentement avant que l’affaire DSK n’installe définitivement le réseau comme un support incontournable.
Twitter peut-il se sauver lui même ?
Aujourd’hui, on parle plus des mauvais résultats de Twitter, de ses pertes financières, de sa chute en bourse, de la baisse du nombre de ses utilisateurs, de la désaffection qu’il engendre. Les plus jeunes lui préfèrent Snapchat, les moins jeunes optent pour Facebook et à l’heure où l’on jette les applis au premier désagrément, les nouveaux adeptes sont plus difficiles à convaincre avec cet outil difficile d’accès ou d’usage les premiers jours. Au point que chez Twitter, on s’arrache les cheveux pour rendre le service plus « user friendly », seule condition aux yeux de ses dirigeants pour arrêter la dérive et retrouver un cap pérenne.
Le 5 octobre, Jack Dorsey a repris les rênes de Twitter, dont il avait été évincé en 2008. Entre-temps, il avait trouvé le moyen d’inventer la géniale plate-forme participative Medium (mine de rien, @jack est bien l’un des vrais génies de l’ère digitale aux côtés de Sergey Brin, Larry Page ou Mark Zuckerberg). Depuis, Dorsey ferraille pour redresser la plate-forme avec deux obsessions : rendre Twitter profitable, évidemment, mais aussi plus accessible. D’où quelques initiatives déjà effectives (ne plus limiter le nombre de signes des messages privés pour exploiter à fond la fonction de messagerie) ou latentes (abandonner la sacro-sainte règle des 140 signes ou installer un algorythme réglant l’affichage des tweets indépendamment de leur ordre chronologique). Des initiatives qui déclenchent évidemment l’ire de la plupart des tweetos qui y voient une « facebookisation » scélérate de leur outil chéri.
Ni Dorsey ni les gardiens du temple qui le critiquent n’ont tort : Twitter est bien en danger. Leurs arguments (la santé économique du réseau pour l’un, son identité propre pour les autres) sont tous recevables. Au milieu de cette nouvelle bataille d’Hern@ni, on se contentera de rappeler les atouts inestimables de Twitter, le meilleur outil d’info, de veille, d’alerte et de curiosité qu’ait jamais inventé le monde digital. Croisons donc les doigts et osons l’écrire (en 140 signes, bien sûr) : « courage à Twitter qui n’a pas démérité et se bat aux côtés des internautes depuis tant d’années dans un engagement quasi-désintéressé ».
François Bourboulon
@fbourboulon







