Pour les professionnels, c’est une question toujours plus fréquente : quelle place occupe le mail dans ma vie quotidienne, donc dans ma journée de travail ? Et vous combien en recevez-vous chaque jour et quel temps consacrez-vous à lire, répondre, trier, classer et évidemment supprimer les courriers (on sera d’accord tout de suite pour oublier la ridicule appellation de courriel) ? Si vous n’êtes pas capable de chiffrer précisément, c’est sans doute que vous en recevez trop.
Dans une tribune récente publiée dans Les Echos (« Contre la tyrannie des emails, passons à l’e-lègement » ), les consultants Laurence Borde et Eric Villemin mettaient à juste titre en parallèle deux événements à priori sans lien : la mort récente de Ray Tomlinson, l’inventeur de l’e-mail, et la proclamation d’un « droit à la déconnexion » dans le projet de loi El- Khomri. Sans juger de la pertinence véritable de ce fameux droit (soyons clairs, c’est une idée stupide !), on peut s’interroger comme les auteurs sur les raisons et les façons de se libérer de cette tyrannie des courriers électroniques. « Au Royaume-Uni», écrivent-ils, « le Centre for Business Research évalue à 26 milliards de livres par an (33 milliards d’euros) les coûts occasionnés par cette tâche parfois compulsive et pas toujours productive ».
Mais le vrai mal est plus sournois
Piégé par la consultation automatique (celle que l’on n’a pas osé désactiver sur son smartphone ou son laptop), chacun est à la merci de sollicitations constantes à l’intérêt souvent relatif, de discussions aussi interminables qu’inégales, surtout quand elles sont collectives. Le tout avec une « technologie » totalement inadaptée à ce genre d’échanges, surtout à l’heure où de nouveaux outils collaboratifs comme Slack ou le prometteur Facebook at Work permettent« un partage en temps réel de l’information, limitent l’intrusion et ordonnent les conversations », rappellent Borde et Villemin. Plus que pour le droit à la déconnexion, militons donc plutôt pour la « mail désintox ».
Certains montrent déjà l’exemple et on constate en la matière un véritable fossé générationnel, comme le révèle une étude menée par le site App Annie : les « vieux » (45 ans et plus) passent bien plus de temps que les jeunes (13 ans-24 ans) sur les 5 principales applications d’email sur Android et bien moins sur les applications de messagerie. Il faut surtout lire la remarquable enquête du Wall Street Journal sur l’usage et la vision des générations Y et Z sur l’email. « Je me sens bien plus adulte maintenant que j’envoie des mails », résume un étudiant de l’Université du Maryland, qui en fait un rite de passage encore plus important que son inscription sur les listes électorales. Selon le WSJ, « la Génération Z a déjà pratiqué de multiples outils de communication – du SMS ou MSN Messenger à Facebook Messenger – et une bonne dose d’applications spécialisées. Tous sont basés sur les principes du chat : instantanés, courts et informels. L’antithèse du mail professionnel. » C’est sans doute d’eux que viennent les bons usages qui peu à peu finiront par s’imposer.
Réagissez (mais pas par mail)
Et vous qu’en pensez-vous ? N’hésitez pas à réagir, contredire ou surenchérir. Contactez-moi en DM sur Twitter, par Messenger sur Facebook, par message sur LinkedIn. Je suis aussi joignable sur WhatsApp, WeChat, Snapchat, etc. Nous pouvons même monter un groupe sur Slack. Je sais gérer toutes ces pseudo-intoxications. Mais surtout, please, ne m’envoyez pas d’e-mail !







