Deloitte est l’un des leaders mondiaux de l’analyse financière. Son entité dédiée au digital a publié cet automne 2016 un avis sur la montée en puissance du CDO (Chief Digital Officer), qui annonce également que cette fonction va disparaître vers 2020 dans les grandes entreprises, lorsqu’elles auront achevé leur transformation numérique. Les explications de François-Xavier Leroux, Directeur de Deloitte Digital France. Deloitte Digital a été créé en France en 2014 (en 2012 aux Etats-Unis) et est désormais présent dans 16 pays. Le groupe Deloitte est quant à lui implanté dans 27 pays avec un effectif de 6 500 personnes.
- Selon vous, combien y a-t-il de CDO (Chief Digital Officer) en France et quelle est leur position dans l’organigramme des entreprises ?
François-Xavier Leroux : Il faut tout d’abord préciser que la montée en puissance de la fonction de CDO concerne les plus grandes entreprises françaises – le top 500 en résumé – et que l’on peut estimer que le poste a été créé dans 30% d’entre elles, même s’il n’existe pas de chiffre officiel sur le sujet. Concernant sa position dans l’organigramme, la question est complexe car le CDO est normalement là pour accompagner l’entreprise dans sa transformation numérique et faire l’interface entre 6 fonctions clés : la direction générale (le CEO), la direction financière (le CFO), la direction marketing (le CMO), la direction opérationnelle ou commerciale (le COO), la direction informatique (le CIO) et la direction de la stratégie (le CSO). C’est donc un poste très axé sur la négociation entre les différents services de l’entreprise. Dans les faits, on constate que les fonctions occupées par les CDO étaient liées au système d’information, au marketing ou à la stratégie. Dans tous les cas, le travail du CDO n’a réellement de portée que s’il participe au Comité de direction ou au Comité exécutif et que s’il a le soutien de la direction générale.
- Que va devenir le CDO une fois la transformation numérique de l’entreprise sera achevée ?
François-Xavier Leroux : S’il fait bien son travail, sa fonction doit disparaître ! C’est l’un des grands paradoxes de cette évolution : le rôle du CDO est très important mais il est transitoire. Cette transition va certainement durer pendant plusieurs années, mais les premiers CDO eux-mêmes estiment que leur poste n’a pas vocation à être pérennisé. En résumé, le CDO ne doit pas remplacer d’autres fonctions de support, comme les ressources humaines ou la finance : il doit être leur allié. En général, cela implique de créer une entité supplémentaire et de ne pas en supprimer d’autres.
- Sur quels critères le travail du CDO sera-t-il évalué ?
François-Xavier Leroux : Les premières expériences montrent que le CDO doit avoir un rôle exécutif et rendre des comptes. Les principaux KPI* sont un mixte d’indicateurs dits « externes », comme la conquête de nouveaux clients, la fidélisation des clients existants ou le chiffre d’affaires) et d’indicateurs dits « internes », comme le nombre de personnes formées ou l’adhésion au projet de transformation numérique. Une dernière remarque : comme il s’agit d’un poste dont la durée de vie est limitée et les responsabilités du CDO sont très lourdes, il est indispensable qu’il dispose de moyens suffisants.
Propos recueillis par Pascal Boiron, Digital CMO
* Key Performance Indicator







