Manœuvres, coups bas, trahisons, combines, chocs d’ambitions, rivalités, haines… La série « Baron Noir », dont la saison 1 vient de passer sur Canal Plus, dresse un portrait violent et cruel du monde politique. Réaliste aussi, selon les experts… Mais cette sorte de « politique 1.0 » n’est pas la seule dépeinte dans cette remarquable saga portée par Kad Merad, Niels Arestrup et Anna Mouglalis.
La nouvelle panoplie de l’homme politique moderne
Comme « House of Cards » côté US, le digital est partie prenante, voire plus, de l’intrigue et de la mise en scène. Via le mobile évidemment, accessoire qui joue un rôle essentiel dans les échanges entre protagonistes. Au passage, on se demande comment les personnages principaux se débrouillent pour garder intact leur précieux iPhone, qu’ils ont la mauvaise habitude de jeter sur la table à la fin de chaque conversation désagréable ou déplaisante, et Jobs sait combien elles sont fréquentes dans le scénario. Vous, je ne sais pas, mais à chaque fois que je me suis laissé aller ainsi avec mon téléphone, sa coque ou sa vitre me l’ont fait payer… Pourquoi l’Iphone de Niels Arestrup, le président de la République de « Baron Noir », est-il plus résistant que le mien ? C’est en tout cas une grande injustice.
Plus sérieusement, un détail frappe d’un bout à l’autre des 8 épisodes de la série : l’absence quasi-totale de tout « vieux » média ou support. Dans « Baron Noir », les journaux ne se lisent jamais en version papier. Les émissions de radio ne s’écoutent jamais sur un transistor, comme on disait avant. Et la télé se regarde assez rarement sur un poste de télévision, même UHD et à écran incurvé.
Dans ce monde politique-là, les médias sont toujours présents (Mediapart ou Atlantico plus que d’autres), mais pas comme avant. Encore plus que dans la vraie vie, l’information dans « Baron Noir » se consomme à travers des supports (smartphones et tablettes) presqu’exclusivement mobiles. La vidéo et le son, les podcasts et la VOD sont omniprésents. Et évidemment, Twitter et les réseaux sociaux sont essentiels. Le tout renforce un sentiment d’urgence permanent qui laisse peu de place à la réflexion et renforce la culture de l’action et de la réaction.
Des caractéristiques inhérentes à la politique, me direz-vous. Certes, mais on se demande, après avoir visionné « Baron Noir » (en binge watching de préférence), comment les femmes et hommes politiques actuels peuvent encore « laisser du temps au temps », comme disait un autre Baron. Mais ça, c’était au siècle dernier…







