Selon Capgemini Consulting et eCap Partner, banque d’affaires spécialiste de l’industrie numérique, plus de 1 milliard € (hors les grandes levées) ont été levés en 2015 par les start-ups françaises, soit un doublement par rapport à 2014. Un chiffre qui confirme d’autres analyses. L’étude a une méthodologie sérieuse et a été menée sur l’analyse croisée de 1000 start-ups, 2000 levées de fonds, et 500 investisseurs. Au delà de cette bonne nouvelle pour 2015, tout risque de ne pas être rose dans le financement de l’innovation en 2016.
Bpifrance sera-t-elle encore en 2016 une banque de la petite innovation ?
En annonçant 10 milliards € supplémentaires sur les projets d’investissements d’avenir (PAI) qui viendront s’ajouter aux 37 milliards déjà « sanctuarisés » depuis 2010, Manuel Valls ne fait pas que reprendre l’initiative politique sur le terrain économique notamment vis-à-vis d’Emmanuel Macron. Il prolonge une tradition bien française qui consiste à miser beaucoup principalement sur les grands groupes français et quelques grosses PME/PMI. En revanche du côté du financement de l’innovation des très jeunes entreprises, il semble que l’Etat sera moins généreux en 2016 qu’en 2015. Dans son rapport semestriel de 2015, Bpifrance mettait en avant ses actions en faveur de l’amorçage et de l’innovation. Pourtant les montants des différentes formules d’aides à l’innovation (AI, ISI, FUI, FIS, PSPC, FSN, CMI) – pas toujours faciles à décrypter -:) – ont certes progressé sur le premier semestre à 547 millions €, mais au total cela ne devrait pas atteindre le 1 milliard € en 2015 contre 877 millions € en 2014. Bien sûr, Bpifrance fait également de l’amorçage avec un fonds en co-gestion de 600 millions €, avec des partenaires, mais cela représente une activité très marginale par rapport à ses activités en capital développement.
Et pour 2016, d’après les retours de nombreuses start-ups, il semble que la priorité est de moins en moins au financement de départ et de plus en plus à la consolidation des projets qui en valent la peine. Preuve de cette stratégie, les rapporteurs de l’étude menée par Capgemini et eCap Partner notaient que déjà en 2015 la Bpi se positionnait de manière marquée sur les entreprises matures (3,7 ans en moyenne), sur des montants moyens importants (5,6 millions €),
Les fonds d’investissements vont-ils continuer à financer le développement des start-ups en 2016 ?
Selon l’étude de Capgemini et de eCap Partner, les fonds d’investissement se sont positionnés sur près de 60% des transactions réalisées en 2015, sur des levées d’un montant moyen de 3,8 millions €. Ils financent des start-ups de tout âge. Leurs investissements se sont globalement concentrés sur les secteurs d’activité les plus dynamiques : le marketing (17% des levées), les applications & technologies d’entreprises généralistes (10%) et l’Image & médias (8%). Ils investissent principalement en Ile-de-France (57%). Très clairement les fonds d’investissements basés en France, qui sont souvent financés de manière internationale, misent sur les innovations d’usage plus que sur les innovations technologiques. Et même si aujourd’hui ils n’ont pas la puissance des fonds d’investissements américains, ils sont de plus en plus dotés en amont de structures d’amorçages qui leur donnent la possibilité de consulter un grand nombre de dossiers. Y compris ceux qui n’ont pas encore véritablement de business model ni de revenus réguliers. Autre information intéressante dans cette étude : les investisseurs étrangers se sont positionnés sur 14 % des levées de 2015, en augmentation de 30% sur un an. Ils se distinguent notamment des investisseurs français par le montant moyen des levées auxquels ils participent (8,3 millions € au global, 10,6 millions € pour les acteurs basés aux Etats-Unis). Il n’est donc pas forcément nécessaire de franchir l’Atlantique pour trouver des fonds étrangers. Pour 2016, la stratégie de ces fonds dépendra du contexte boursier et économique aux Etats-Unis. Sans que l’on parle encore de bulle, certaines licornes américaines semblent sur-valorisées, et preuve de ce constat, Snapchat vient de boucler un tour de table de 175 millions € sans modification de sa valorisation.
Un petit coup de pouce fiscal aux canaux start-ups (les business angels et le crowd-funding) serait top pour 2016
Selon l’étude de Cap Gemini Consulting et eCap Partner, les business angels concentrent leurs investissements sur les start-ups plus jeunes (2.4 ans en moyenne) et sur des levées plus limitées (1,5 millions € en moyenne). Les secteurs privilégiés en 2015 ont été les secteurs du marketing (15%), de l’image & des médias (12%) et des RH (10%). De son coté le crowdfunding se développe mais reste faible (6% des levées de 2015). Les levées portent sur des start-ups plutôt jeunes, sur des montants limités (0,5 million € en moyenne). Ces deux canaux sont devenus incontournables dans le financement des jeunes start-ups avec des montants investis estimés de 150 millions €. Pour l’instant, le gouvernement n’a pas annoncé de nouveaux avantages fiscaux sur ces canaux qui permettraient de créer une dynamique très positive sur les nouveaux projets afin de palier le redéploiement actuel de Bpifrance sur des projets plus importants. C’est dommage, d’autant que le gouvernement va annoncer un déficit budgétaire en dessous de ce qu’il a prévu et qu’il dispose avec les redressements fiscaux des grandes entreprises qui se montent à plus de 21 milliards € selon Michel Sapin d’une marge de manoeuvre supplémentaire.
Le corporate investissement n’a pas décollé en 2015 et restera un canal difficile pour 2016
Le corporate investissement a été le thème à la mode ces derniers mois, mais il n’a pas encore décollé selon les résultats de cette étude. Cela reste, en dehors de quelques annonces de rachat de start-ups dans le secteur financier et des assurances, une source de financement difficilement accessible aux jeunes entreprises. Selon les résultats de l’étude de Cap Gemini, les entreprises marquent une préférence pour les start-ups matures (3 ans en moyenne) et se positionnent sur des levées plus importantes (6,7 milliards € en moyenne). On constate un positionnement fort sur les FinTechs (11%), le marketing (8%) et le transport (8%) notent les rapporteurs de cette étude.
Pour accéder au baromètre de l’étude : www.barometre-startups.org








