L’institut de Sondage Norstat et la société d’étude spécialisée Strategir ont mené une étude comparative en interrogeant les citoyens français, italiens, allemands et danois quant à leur rapport à l’intelligence artificielle. Malgré leurs différences d’appropriation et de sources de notoriété des technologies d’IA, les utilisateurs Français, Danois, Italiens et Allemands ont une fréquence d’utilisation proportionnelle et quasiment équivalente que soit dans le domaine professionnel ou personnel. En France, 23% ont une utilisation hebdomadaire de l’IA dans le domaine professionnel (26% pour l’Italie, 28% pour l’Allemagne et 27% pour le Danemark). Echanges avec Léa Dupuch et Tesha Klotz, Directrices d’études quantitatives chez Strategir et Romain Barbet, directeur général de Norstart France & Bénélux, sur les points communs et les différences dans l’appropriation et les usages de l’IA.
DigitalCMO.fr – En matière d’usage de nouvelles technologies Les résultats de votre étude indiquent entre les pays du Nord de l’Europe et du Sud des différences notables. Quelles sont-elles ?
Léa Dupuch et Tesha Klotz – On observe en effet des différences assez nettes entre les pays du Nord et ceux du Sud de l’Europe dans leur rapport à l’intelligence artificielle, en particulier l’IA générative. Dans les pays du Nord comme le Danemark, l’IA est plus connue, plus ancrée dans les usages et souvent découverte dans un contexte professionnel. À l’inverse, en France ou en Italie, la découverte est plus récente, souvent médiatisée, et l’usage reste encore majoritairement personnel, tourné vers la créativité ou le divertissement.
Ce qui est intéressant, c’est que ces écarts ne traduisent pas forcément un retard technologique, mais plutôt des approches culturelles différentes. Les pays du Nord adoptent une posture plus confiante et utilitaire vis-à-vis de ces outils, alors que les pays du Sud se montrent plus prudents, parfois critiques, en particulier sur des sujets comme la dépendance ou la créativité. On sent bien qu’il y a encore un processus d’appropriation en cours dans le Sud, là où le Nord est déjà dans une logique d’intégration
DigitalCMO.fr – D’après les résultats de l’étude l’IA en France est perçue comme un phénomène médiatique ? Pourquoi selon vous ?
Oui, en France, l’intelligence artificielle – et en particulier l’IA générative – est largement perçue comme un phénomène médiatique. C’est d’ailleurs par ce canal que la majorité des Français disent en avoir entendu parler pour la première fois. Télé, presse, réseaux sociaux… l’IA est partout, souvent présentée comme une révolution en marche, ce qui attire forcément l’attention.
Mais cette forte présence médiatique ne va pas toujours de pair avec une véritable appropriation. Beaucoup de Français découvrent encore le sujet, parfois de façon assez superficielle, ce qui renforce cette image d’un phénomène ‘vu à la télé’, mais pas encore pleinement vécu au quotidien.
C’est aussi le reflet d’un certain rapport à l’innovation en France : on s’y intéresse, on en parle beaucoup, on débat, mais l’adoption concrète reste plus lente et plus prudente que dans d’autres pays.
DigitalCMO.fr – Au regard d’autres études que peut mener Norstat sur les usages technologiques estimez vous que les courbes d’adoption actuelles de l’IA sont en phases avec les comportements habituels de chaque pays ?
Romain Barbet – Les courbes d’adoption de l’IA générative sont globalement cohérentes avec les dynamiques d’appropriation technologique que nous observons régulièrement dans d’autres études menées par Norstat. Par exemple, le Danemark, souvent précurseur en matière d’innovations digitales (adoption rapide de la banque en ligne ou du paiement sans contact), affiche également ici une avance nette : 56 % des Danois se déclarent familiers avec les technologies d’IA, contre seulement 39 % des Français. Cette familiarité s’accompagne d’une intégration plus profonde dans le quotidien, en dehors d’un simple effet de nouveauté médiatique. À l’inverse, la France et l’Italie, historiquement plus prudentes face aux innovations numériques (comme ce fut le cas lors du lancement des smartphones ou de la 5G), restent encore dans une phase de découverte, souvent portée par les médias et les réseaux sociaux. Cette approche plus progressive se retrouve dans les usages : en France, par exemple, l’IA est davantage utilisée pour des tâches simples ou ludiques (correction de texte, inspiration culinaire), là où l’Allemagne en fait un usage plus technique et fonctionnel.
DigitalCMO.fr – L’étude indique une position commune des pays interrogés sur les avantages de l’IA en termes de gains de temps. Comment un cabinet comme Norstat utilise l’IA dans les études pour gagner en productivité ?
Romain Barbet – Chez Norstat, l’IA est aujourd’hui pleinement intégrée à plusieurs étapes du processus de collecte de données. Nous l’utilisons pour automatiser un grand nombre de tâches chronophages à faible valeur ajoutée, comme la préparation de données ou la vérification des verbatims. Cela nous permet de recentrer les équipes sur des tâches à plus forte valeur. Nous avons aussi intégré des outils d’IA à notre solution propriétaire Data Shield, qui permet de vérifier la cohérence et la qualité des réponses dans les enquêtes, limitant ainsi les risques qualité et renforçant la fiabilité des résultats. En aval, l’IA nous aide à générer des pré-insights à partir des données que nous collectons, facilitant une première lecture des tendances et simplifiant la phase d’analyse/recommandation pour nos clients.
Les résultats complets de l’étude sont accessibles sur demande auprès de Strategir
Crédit Photo : Solen Feyissa, unsplash







