Le rapport Lemoine est ses 185 recommandations à la Prévert devrait permettre aux élus, grands responsables économiques et chefs d’entreprises de mieux mesurer l’importance de la mutation digitale. Même si le rapport reste dans sa globalité très universitaire, il a le mérite de reposer de bonnes questions sur le plan économique, la fiscalité et l’investissement. Et selon un autre rapport de McKinsey sur le même sujet, il y a beaucoup à gagner.
Le rapport présenté par Philippe Lemoine est une bonne synthèse pédagogique des enjeux digitaux de la France dans tous les domaines clés : société, santé, secteur public, commerce, entreprises innovantes. Et si parfois il pourra paraître un tout petit peu trop sociétal et général, ce rapport a le mérite de parfois reposer les bonnes questions aux décideurs publics. C’est notamment le cas dans le domaine de fiscalité et du financement de l’innovation des start-up. Ce rapport remet sur le devant la scène de vieux débats : une fiscalité plus favorable au rachat des start-up par les grands groupes français, des initiatives d’investissements nouvelles et plus importantes à imaginer (mécénat, amorçage, crowdfunding avec ou sans la BPI…), des incitations fiscales pour l’investissement dans les jeunes entreprises, une fiscalité favorable au risque, une réorientation de l’épargne vers ce secteur sur le moyen terme.
Comme le souligne d’autres études, la France n’est pas forcément en retard du coté de sa transformation digitale. Un rapport récent indique que nous sommes très bien placés dans le domaine des infrastructures : forte concurrence dans l’internet et les mobiles avec 4 opérateurs, haut débit dans les régions, Wifi et Hot Spot généralisés. La France est également bien classée dans les études internationales en matière de digitalisation des services publics. En revanche, la transformation digitale de la sphère privée tarde à s’accélérer. C’est notamment ce que met en avant une étude du cabinet McKinsey.
L’entreprise et les nouveaux modèles économiques digitaux : un retard français
Les comparaisons internationales sur lesquelles s’appuie McKinsey dans son rapport font notamment apparaître un paradoxe : en France, alors que les usages numériques sont largement répandus chez les consommateurs, ils tardent à s’imposer dans les entreprises. Selon l’enquête menée par McKinsey auprès de 500 entreprises, quatre raisons principales expliquent cette situation : des difficultés organisationnelles, un déficit de talents numériques, des marges financières plus serrées que dans d’autres pays, ainsi qu’un manque d’implication visible des dirigeants.
La réalité est sans doute moins noire. La plupart des grands groupes sont en train d’accélérer dans le domaine. Le groupe Accor vient d’annoncer 225 millions d’investissements dans le digital, Publicis vient de réaliser une acquisition majeure, Axa, comme la plupart des acteurs du secteur de l’assurance, a pris conscience de la nécessité de rééquilibrer ses canaux de vente vers le digital. Et des acteurs publics comme la Poste ou EDF espèrent garder le contrôle de leurs activités protégées grâce à des services digitaux. Les exemples positifs sont nombreux mais il est vrai que le digital n’est pas considéré en France comme un secteur à part entière comme le Bâtiment, l’Agroalimentaire ou le Luxe. Il faut dire que cela était déjà le cas dans les deux étapes technologiques précédentes : l’informatique et le logiciel.
Pourtant, le potentiel de valeur en jeu est considérable indique MacKinsey, à la fois pour les entreprises et pour l’économie française dans son ensemble puisque, au-delà de sa valeur ajoutée estimée par le cabinet américain aujourd’hui à 110 Md€, le numérique génère un surplus de valeur pour le consommateur atteignant l’équivalent de 13 Md€ annuels. D’ici 2020, la France pourrait accroître la part du numérique dans son PIB de 100 Md€ par an, à la condition que les entreprises accélèrent nettement leur transformation numérique. Plus largement, l’impact potentiel des technologies numériques disruptives (cloud computing, impression 3D, internet des objets, Big Data…) s’élève à près de 1 000 milliards d’euros en France d’ici à 2025, en prenant en compte la création de valeur ajoutée et le surplus de valeur dont bénéficient les consommateurs.
Saisir ce potentiel nécessite un environnement socio-économique propice à la mutation numérique recommande McKinsey. Tous les acteurs (gouvernement, grandes entreprises, acteurs de l’éducation, employeurs et salariés) peuvent contribuer à cette évolution cruciale en appui sur deux piliers : d’une part, une amélioration générale de l’environnement des affaires et d’autre part, la mise en place d’initiatives décisives en faveur du numérique. Et dans ce domaine même si les recommandations de McKinsey sont moins tranchées que celles du rapport Lemoine le levier fiscal et investissement restent les deux vrais piliers de la création d’un important secteur du digital en France composé de jeunes entreprises et de start-up capables d’intégrer le CAC 40 dans les 5 ans.







