Le parcours de la « néobanque » Morning est une illustration de la confrontation entre les méthodes marketing des startups et celles des grandes entreprises. En l’occurrence, il s’agit de l’opposition entre les banques (40 établissements agréés par l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution, ACPR de son petit nom).
Les faits sont les suivants. Le 1er décembre 2016, l’ACPR prend des « mesures conservatoires » concernant l’établissement de paiement Morning. Ces mesures ne sont rendues publiques que le 7 décembre 2016. En résumé, elles stipulent que Morning doit cesser toute activité liée au paiement, car l’ACPR constatait « une insuffisance de 514 564 euros » sur le compte de cantonnement de Morning (supposé lui permettre de rembourser intégralement les sommes versées par ses 75 000 clients actuels). Pour la startup Morning, la situation est intenable. .
Du côté des banques et de l’autorité de contrôle, on estime qu’il ne s’agit là que de la simple application de la réglementation. Du côté de Morning et de son fondateur et patron, Eric Charpentier (en photo principale), la réponse est cinglante : « Nous n’avons jamais mis en risque l’argent des utilisateurs. La seule erreur que l’on peut nous reprocher est d’avoir innover dans le secteur bancaire. On nous avait dit que c’était une bande de requins et, aujourd’hui, on le paye cash! » (voir les informations de France 3 Midi-Pyrénées, Morning ayant son siège social près de Toulouse). Il est vrai que Morning ne cachait pas sa volonté de mettre à mal le système bancaire et affirme sur son site : « nos talents sont déterminés à perturber le secteur bancaire à l’ancienne ». Dans un communiqué de presse (consultable ici), Morning présente ses arguments et affirme qu’elle « veut reprendre le contrôle de son avenir » et pointe du doigt la responsabilité de la MAIF (actionnaire de Morning à hauteur de 40%).
La punition d’un bon élève ?
La startup Morning est-elle allée trop loin ? C’est ce que laissent entendre les propos d’Eric Charpentier, qui l’a créée en 2013. Quoi qu’il en soit, il est intéressant de revenir sur le parcours de cette jeune entreprise. Comme on va le voir, elle a reçu un soutien unanime depuis trois ans, avant d’être brusquement mise au ban ce mois de décembre 2016.
Pour commencer, quelques mois après sa création, Payname (l’ancien nom de Morning) a été élue « startup la plus prometteuse de France », lors du Salon des Entrepreneurs 2014. En juin 2015, son fondateur Eric Charpentier était désigné « Homo Numericus » lors des Trophées de l’Economie Numérique de Midi-Pyrénées. Le mois suivant, en juillet 2015, l’entreprise obtenait l’agrément de l’APCR en tant qu’établissement de paiement. En septembre 2015, la startup réussissait une levée de fonds de 5 M€.
Surfant sur ce buzz positif, Payname a ensuite posé la première pierre de ses nouveaux locaux. Il s’agissait d’un « campus », situé à quelques dizaines de kilomètres au sud de Toulouse, à Saint-Elix-le-Château (voir la photo ci dessous). L’entreprise a emménagé dans ces nouveaux locaux début 2016, avant d’annoncer qu’elle changeait de nom pour devenir « Morning » (à la place de Payname, donc). Durant l’été 2016, Morning a également annoncé qu’il devenait sponsor du Toulouse Football Club en tant que « Supporter Officiel ». C’était une « bonne pioche » : le club de football toulousain venait d’échapper de très peu à la descente en deuxième division et, depuis, le « Téfécé » obtient de bien meilleurs résultats que les années précédentes. Elle est également élue « Best Workplace 2016 » pour la France.
Mais le point d’orgue de ce parcours peut être daté au mois de novembre 2016. A ce moment, Morning signe un accord avec Mastercard et peut enfin éditer sa propre carte de paiement (en photo ci-dessous).
La suite est présentée au début de cet article : quelques jours plus tard, l’autorité de contrôle des banques suspend les activités de Morning. Pour l’heure, on ignore si Morning a « fauté » ou s’il s’agit d’une mesure de rétorsion du monde bancaire (voir l’article de La Tribune).
Le 16 décembre 2016, la MAIF (principal actionnaire de Morning), indique au terme de plusieurs réunions avec les représentants de Morning qu’elle soutiendra l’entreprise. Le 29 décembre 2016, l’ACPR publie une décision de « Levée des mesures conservatoires« , qui permet à la banque Morning de retrouver une activité quasiment normale.
Julien Corti, Digital CMO










