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Fondatrice de l’agence Adéquation Market Research, ancienne directrice générale de CSA et ex-responsable France d’ESOMAR, co-présidente du Club Etudes Marketing de l’ADETEM, Elisabeth Martine-Cosnefroy animera une conférence intitulée « De l’IA à l’IH : le métier de la connaissance client redéfini au sein des organisations » lors du Printemps des études. On parlera formation, métier, changement et digital.

Vincent Biard – Quelle va être la thématique de votre intervention au Printemps des études ?

Elisabeth Martine-Cosnefroy – Je serais co animatrice de la conférence dite des associations qui porte sur les tendances fortes et à moyen terme du marché. L’une de ces tendances est la mutation du métier. Nous sentons bien que nous ne pouvons plus le faire de la même façon. Nous assistons à une explosion du nombre d’intervenants multi spécialistes alors que nous connaissions un secteur partagé entre grands cabinets généralistes avec quelques spécialités sectorielles. Dorénavant nous travaillons avec des spécialistes de la data, des neurosciences, des mesures passives digitalisées ou encore de l’ethnologie. Le marché a également intégré des startups amenant une utilisation intelligente du digital dans le milieu des études.

Vincent Biard – Qu’est ce qui change dans le métier des études ?

Elisabeth Martine-Cosnefroy – Comme beaucoup de métiers, le notre est remis en question. Nous avons beaucoup travaillé au sein d’ESOMAR pour redéfinir ce qu’était le métier de directeur des études ou responsable des études en entreprise ou dans les instituts. Avec les associations, nous avions envie de travailler sur l’étape suivante parce que les entreprises et les agences ont intégré ces changements. Qu’attend-t-on dorénavant de la profession, des agences, des recruteurs et des formateurs ? Nous sommes tous en reconfiguration pour mieux répondre aux besoins du marché qui reste quand même la connaissance client diffusée largement, intelligemment et de façon très opérationnelle. L’objectif de la conférence est de montrer, avec tous les acteurs du métier, ce qui a changé et quels seront les besoins de demain.

Vincent Biard – Ces changements sont-ils directement issus de la révolution numérique ?

Elisabeth Martine-Cosnefroy – Oui bien sûr et sans prétention nous l’avons vécu très en amont dans le métier des études. Au début des années 2000, nous avions senti que l’arrivée d’internet et de ses possibilités étaient assez énormes. Nous avions déjà été préparés avec le Minitel. Cela n’a l’air de rien mais nous avions compris que beaucoup de choses pouvaient se passer à distance puisque nous avions commencé à y réaliser des enquêtes mais nous en avions vu les limites. Quand nous avons vu arriver le web, nous avons vite compris que 100% des Français allaient s’y connecter. Nous avons donc bénéficié d’un nouveau terrain d’études puisque nous réalisions jusqu’alors des études au téléphone ou en face-à-face.

Vincent Biard – Quelles préconisations feriez-vous aux professionnels des études ?

Elisabeth Martine-Cosnefroy – Nous devons garder notre cadre déontologique et se recentrer car nous ne sommes plus des organismes de collecte de données ce qui je pense avait été une dérive des années 90 où nous avions beaucoup industrialisé ce métier avec des outils systématiques. Nous nous retrouvons quasiment en 2020 avec des gens formés à des outils trop formatés et qui ne sont pas assez dans l’adaptation que demande le monde actuel. C’est donc un recadrage par rapport au digital qui donne l’impression que ce métier est accessible à tous. Il suffit d’aller sur Google survey et de lancer une étude mais il y juste quelque chose que l’on oublie dans ce cas : c’est qui on interroge.

Vincent Biard – Le digital aurait-il trop simplifié le métier ?

Elisabeth Martine-Cosnefroy – Notre métier a été relativement vulgarisé mais c’est aussi une chance car il avait dérivé vers un métier de collecte. Or quand vous disposez de têtes bien faites avec des bacs + 5, ce n’est pas pour faire de la collecte, c’est pour faire de l’analyse. Nous sommes donc ramenés à un travail en en amont de la collecte, de réflexion et de méthode et en aval de la collecte, d’analyse et d’interprétation. Notre métier est plus que jamais celui du data analyst. Et cela demande un certain niveau d’expertise d’où un besoin au niveau de la formation mais aussi du recrutement  puis ensuite  l’organisation du travail de nos équipes actuelles et futures dans les instituts et au sein des entreprises. Nous avons besoin, avec l’aide d’organismes de formation et des académiques, de diffuser les savoir-faire au plus grand nombre avant que les séniors sortent de ce marché sans nous avoir préalablement communiqué un certain nombre de principes de base et d’expériences pratiques de ce qu’est l’accompagnement à l’interprétation et l’utilisation intelligente de la data, en particulier pour piloter l’IA.

Sites web :
https://www.adequation-mr.fr/
http://www.printemps-etudes.com/

 


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