Le groupe américain Stats a investi le marché européen voici tout juste un an et est devenu le leader mondial de la collecte et du traitement des données sportives. Où en est-il aujourd’hui ?
Le marché des données sportives reste relativement modeste en termes de chiffre d’affaires : celui-ci est estimé à quelques centaines de millions de dollars. Toutefois, il a une très forte influence sur le sport lui-même et sur l’information sportive, car les clubs, les médias ou les sites de paris sportifs utilisent largement ces données.
Pour mieux cerner ces enjeux, il est intéressant de suivre le parcours du leader mondial du secteur : Stats. Un exemple ? L’Allemagne championne de l’Euro 2016 : d’où cela sort-il ? Sur la base des centaines de milliers de données collectées concernant les équipes qui seront en compétition en juin 2016 en France, lors du Championnat d’Europe de football, dès décembre 2015, Stats a pronostiqué une victoire de l’Allemagne. Cette prévision a logiquement de nombreuses répercussions sur les choix des entraîneurs, des joueurs, des parieurs, etc.
Pour cerner ce marché, il faut tout d’abord rappeler qu’il n’est pas récent. Stats fête en effet cette année ses 35 ans. Née aux Etats-Unis en 1981, l’entreprise est longtemps restée focalisée sur l’Amérique du Nord et sur des sports majeurs outre-Atlantique, comme le base-ball, le football américain ou le basket.
En Europe, le marché a commencé à prendre forme dans les années 90, notamment avec la création d’Amisco en 1995. Il s’est fortement développé ensuite et ces évolutions ont conduit à l’arrivée de nouvelles techniques de collecte et de traitement des données sportives. Prozone est ainsi créée en 2004, principalement dans le but de fournir des solutions de plus en plus perfectionnées aux clubs sportifs. En 2011, Amisco rachète Prozone pour mieux adresser ce marché porteur. Doté de nouveaux moyens, Prozone étend sa présence à la Chine, à l’Afrique, à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande, où l’entreprise fait l’acquisition de Verusco.
C’est en 2014 que tout s’accélère sur ce marché : Stats est en effet racheté par l’un des grands fonds d’investissement américains, Vista Equity Partners, qui détient aujourd’hui 32 entreprises et un capital cumulé de plus de 20 milliards de dollars. Dès lors, Stats multiplie les acquisitions : Automated Insights, The Sports Network, TVT Video Technologies, Bloomberg Sports et, en mai 2015, Prozone. Pourquoi Stats a-t-elle racheté Prozone ?
Un guichet unique mondial
Nommé Directeur Général Europe du Sud de Prozone-Stats, Antoine David (fondateur de Prozone), explique : « les deux entités sont complémentaires en termes de métiers, de présence stratégique et leurs visions stratégiques des évolutions de ce marché sont convergentes ».
De fait, Stats est fortement implantée dans les médias et auprès du grand public, sans oublier que l’entreprise a des partenariats forts avec les principales ligues sportives des Etats-Unis. De son côté, Prozone est davantage orientée vers une clientèle professionnelle et jouit d’une excellente réputation dans les mondes du rugby et du football, ce qui explique sa forte présence dans les grands clubs et ligues.
Quant à la vision de ce marché, les deux entreprises s’accordent au moins sur trois points. « Le premier est que les acteurs se sont d’abord focalisés sur la collecte et la qualification d’un nombre croissant de données, précise Antoine David. Le second est que la priorité a été, dans une deuxième phase, de distribuer ces données interprétées de plus en plus rapidement. Le troisième, qui correspond à l’étape dans laquelle nous sommes entrés, va au-delà du traitement des données en très grands volumes : il faut notamment des solutions qui permettent de donner un maximum de signification à la « data », principalement au niveau visuel. »
De ce point de vue, le marché des données sportives demande un travail de marketing numérique comparable à celui des autres grands secteurs de l’économie. Pourquoi ne pas les adresser dès maintenant ? « Commençons par satisfaire pleinement les attentes des milieux sportifs. Une fois cette étape passée, nous serons vraiment légitimes pour contacter d’autres types de clientèle », conclut Antoine David.
Pascal Boiron, Digital CMO









