Facebook a organisé les 18 et 19 avril la 7ème édition de sa conférence dédiée aux développeurs, à San José en Californie. Créée en 2007, la F8 (prononcer « eff eight ») permet surtout d’identifier les priorités de Facebook pour les mois à venir. Ces annonces sont décryptées par un développeur, dans le cadre d’un entretien réalisé au lendemain de la présentation de la « feuille de route » de Facebook. Edouard Brèthes est le cofondateur de l’Apptelier, agence française née en 2013 et dédiée au développement d’applications « post-PC » (smartphones, tablettes et objets connectés).
- Après ce F8 2017, quelles sont les annonces de Facebook qui vous semblent les plus importantes ?
Edouard Brèthes : Avant de parler des annonces proprement dites, on doit évoquer deux évolutions qui marquent un changement de registre chez Facebook. La première est que le F8 ne s’adresse plus comme à l’origine uniquement aux développeurs. En 2007, le Facebook Eight était un grand hachathon, un concours de développement qui durait 8 heures et ne concernait par définition que les développeurs. Le F8 est désormais l’un des grands rendez-vous que Facebook donne à tous les publics, dont les investisseurs. Le second est que Facebook ne se positionne plus comme une entreprise dédiée aux réseaux sociaux mais comme un acteur incontournable pour toutes les nouvelles technologies. C’est dans ce contexte que l’on peut mieux comprendre les annonces de Facebook dans des domaines comme la réalité augmentée et/ou virtuelle, l’intelligence artificielle ou les bots, sujets qui ne sont à priori pas directement liés à celui des réseaux sociaux.
- Les deux grands thèmes de cette édition semblent justement concerner la réalité augmentée et la réalité virtuelle : est-ce également votre avis, en tant que développeur ?
Edouard Brèthes : Oui parce que, là encore, le discours de Facebook a évolué. On savait que Facebook voulait devenir une plateforme de référence dans ces domaines. Mais cette année, cela semble être un fait acquis et Facebook a surtout voulu démontrer aux développeurs qu’il leur facilitait l’accès à ses technologies, étant entendu de son point de vue que Facebook maîtrise toutes les technologies nécessaires pour proposer ce qu’il y a de mieux dans des domaines comme la réalité augmentée et/ou virtuelle.
- N’est-ce pas le cas ?
Edouard Brèthes : Non. Personne ne peut affirmer qu’il propose ce qu’il y a de mieux, , surtout lorsque que l’on ne produit pas suffisamment de contenus et que l’on ne s’appuie pas sur une plateforme matérielle financièrement abordable et indiscutablement supérieure à toutes les autres.
- Est-ce que Facebook ne dispose pas avec les lunettes Oculus Rift de la plateforme matérielle qui lui manquait ?
Edouard Brèthes : D’un point de vue technique, on peut se demander si certains acteurs ne font pas mieux que Facebook avec l’Oculus Rift, comme le Chinois HTC avec Vive, par exemple. Du point de vue d’un investisseur, je pense que l’on peut légitimement se demander si la réalité augmentée ne reste pas un marché de niche, Par contre, le succès des technologies de réalité augmentée est plus fort et plus immédiat, comme l’atteste l’engouement pour des produits comme Pokemon GO ou les filtres proposé par Snapchat pour facilement ajouter des animations et des éléments 3D sur ses selfies ou ses vidéos. L’appel de Facebook est très clair sur ce dernier point, avec l’annonce d’outils comme Camera Effect, spécifiquement conçus pour aider les développeurs à concevoir ce type d’expériences.
- Vous ne parlez pas des ambitions de Facebook dans l’intelligence artificielle et pour son système « M » : quel est votre point de vue technique sur le sujet ?
Edouard Brèthes : Il est difficile pour un développeur d’avoir un point de vue technique sur une solution à laquelle il n’a pas accès et qui reste très complexe. Les technologies mises en œuvre pour les assistants et l’intelligence artificielle sont complexes et demandent des investissements très lourds. Il est donc logique que les quelques grands acteurs capables d’investir autant optent pour le secret et pour des technologies dites « fermées ». De ce point de vue, Facebook n’agit pas différent avec « M » qu’Amazon avec Alexa, que Google avec Google Assistant ou Apple avec Siri. Pour tous, c’est une logique de plateforme qui prime.
Propos recueillis par Pascal Boiron, Digital CMO









