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C’est la 3ème levée de fonds de cette startup qui associe intelligence artificielle et reconnaissance faciale. Depuis juillet 2017, elle a levé plus d’un milliard de dollars. Voici pourquoi.

La première raison est liée au potentiel de développement du marché associant intelligence artificielle et reconnaissance faciale. La principale utilisation de cette technologie est sans surprise liée aux applications sécuritaires de vidéosurveillance (villes, lieux de passage de type aéroports ou gares, grandes surfaces…). En l’occurrence, SenseTime travaille notamment aux côtés de l’Etat chinois et avec plus de 400 collectivités du pays, alors que l’entreprise n’a été créée qu’en 2014. Il y a plus de 170 millions de caméras de vidéosurveillance en Chine actuellement, ce qui ouvre d’importantes perspectives de croissance à SenseTime.

La reconnaissance faciale consomme beaucoup de données

Cette dernière levée de fonds de 600 M$ permet à SenseTime d’avoir levé plus d’un milliard de dollars depuis l’été 2017, ce qui peut faire rêver nombre de startups en Europe.

A priori, on peut être étonné de voir que le principal investisseur est Alibaba, le géant du e-commerce. En l’occurrence, Alibaba récidive : il a déjà participé à la précédente levée de fonds “record”, de 460 M$, menée à bien par Megvii, principal concurrent de… SenseTime ! Voici donc la deuxième raison. Pourquoi Alibaba investit-il autant sur le marché de la reconnaissance faciale ? A l’instar d’Amazon, Alibaba n’est pas seulement un géant du e-commerce, c’est également l’un des grands acteurs du cloud. Or, la reconnaissance faciale consomme beaucoup de données. Le calcul d’Alibaba est simple : plus ces sociétés se développent, plus il vendra de services cloud, sachant qu’elles achèteront naturellement les services chez leur grand actionnaire.  

Paiement “à la tête du client”

L’expression “faire payer à la tête du client” n’a jamais eu autant de sens qu’aujourd’hui. Depuis l’été 2017, Alibaba teste dans le KFC de la ville où l’entreprise chinoise est née (Hangzhou) la fonctionnalité “Smile to Pay”, qui permet aux clients de payer leurs consommations en faisant un selfie. Le service est basé sur la technologie Face++ de Megvii, mais Alibaba va également chercher à aller plus loin avec SenseTime, qui est désormais l’entreprise de l’intelligence artificielle la plus valorisée dans le monde : 3 milliards de dollars (2,44 milliards d’euros). Alibaba a été suivi sur cette voie par le distributeur chinois Suning, qui dispose de 1 600 points de vente dans plus de 700 villes chinoises, sans oublier son site de e-commerce (www.suning.com). Dans un premier temps, Suning va tester le paiement “par reconnaissance faciale” dans quelques magasins, équipés de caisses entièrement automatisées. Si le test est concluant, la technique sera étendue. Plus besoin d’argent liquide ou de carte de paiement : votre visage suffira. Par contre, côté protection des données personnelles, le bilan est beaucoup moins positif.

Et les erreurs ? SenseTime affirme que le taux est d’ores et déjà très faible (0,001%), soit une erreur sur 1 pour 100 000 opérations. Il faudra que SenseTime ajoute au moins deux zéros après la virgule pour que cela considéré comme un moyen de paiement “fiable” (Mastercard ou Amazon travaillent également sur le sujet). Pour ce faire, SenseTime avait besoin d’argent, notamment pour embaucher des “as du codage” : son effectif va passer de 1 500 à 2 000 personnes d’ici fin 2018 suite à sa levée de fonds du 9 avril 2018. Dernier point : cet afflux d’argent frais va également permettre à SenseTime de renforcer sa présence au niveau mondial. Très présent en Chine et moins dans le reste de l’Asie, SenseTime veut se développer en Asie et commence à s’intéresser à l’Europe, focalisée sur l’entrée en vigueur de la “GPDR” en mai 2018, à moins qu’il n’y ait autant que GDPR que de membres de l’Union Européenne…

Pascal Boiron, Digital CMO


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