DigitalCMO

A l’occasion de la publication par Fabernovel de l’étude Gafanomics Quarterly analysant les résultats financiers des géants de la Tech, Digital CMO a interrogé les analystes financiers Gabrielle Peyrelongue et Jérémy Taïeb.
Si Fabernovel définit sept super pouvoirs aux GAFA expliquant leur triomphe, les experts de ce cabinet conseil pointent la demande d’éthique et la situation de monopole comme menaces pour les géants de la Tech.

Vincent Biard – Comment les GAFA vivent la crise issue du Covid-19 ?

Jérémy Taïeb – Ce sont les grands gagnants de cette crise du Coronavirus même si l’expression « grands gagnants » est à utiliser avec prudence. Sur le plan boursier, les GAFA représentent à elles seuls trois fois la capitalisation de tout le CAC40 réuni. Pour le deuxième trimestre 2020 -du 1er juin au 1er septembre- les entreprises liées au secteur de la Tech ont enregistré 25% de croissance durant cette période et doublent les biens de consommation non essentiels (+24%).  Surtout, les entreprises de l’Index Fabernovel (Apple, Alphabet, Alibaba, Amazon, Baidu, Facebook, Lyft, Microsoft, Netflix, Tesla, Paypal, Samsung, Salesforce, Snap, Spotify, Square, Twitter, Tencent, Uber, Zoom) ont bondi de 53% La capitalisation boursière de ces entreprises a considérablement augmenté alors que le S&P 500 a perdu de la valeur. Les américains percevant moins de 75 000 dollars par an ont reçu un chèque de 1 200 dollars du Gouvernement américain et comme l’économie était bloquée et que l’accès à la bourse est simplifié par des plateformes comme Robinhood, de nombreux citoyens américains ont investi dans les GAFAM qui sont considérés comme des valeurs stables garantissant en plus une croissance. Les GAFAM ont en effet une croissance moyenne de 20% d’une année sur l’autre et devraient connaitre une croissance de 10% cette année en raison du coronavirus alors que les sociétés du S&P 500 devraient afficher une croissance de leur chiffre d’affaires de -6% cette année.

Vincent Biard – Quelles peuvent être les faiblesses de ces entreprises de la Tech ou les menaces susceptibles de limiter leur succès ?

Gabrielle Peyrelongue- L’éthique. Ces entreprises se sont développées en étant focalisées sur les utilisateurs mais n’ont pas réussi encore à se positionner comme des tiers de confiance. L’un de leurs grands défis sera de gagner la confiance des utilisateurs vis-à-vis de l’utilisation de la data car elles courent le risque de se faire sanctionner aussi bien par les consommateurs que par les organisations gouvernementales notamment aussi pour des questions de monopole.

Jérémy Taïeb – Le sujet de l’éthique et de la confiance est le talon d’Achille des GAFA. On l’a vu sur la santé où c’est très difficile pour elles de percer sur ce marché. Même si elles multiplient les initiatives, elles font face à un lobby anti-GAFA notamment pour des questions de confidentialité des données personnelles. Il y a aussi cette situation monopolistique qui leur créée des problèmes auprès de l’administration et du gouvernement américain.

Vincent Biard – Vous accordez sept « super pouvoirs » à ces entreprises, quels sont-ils ?

Gabrielle Peyrelongue- Chez Fabernovel nous nous employons à essayer de décrypter ce qui fait la puissance de ces grandes entreprises de la Tech. Nous avons donc identifié sept super pouvoirs contribuant à leurs performances et à la consolidation de leurs modèles. Le premier de ces super pouvoirs est le client gratuit. Alors que la majorité des entreprises s’adressent à des clients payants, les GAFA ne font pas de distinction entre utilisateurs et clients payants. Cela leur permet de disposer d’une large base d’utilisateurs et ensuite de les monétiser. Deuxième super pouvoir avec le modèle de la valeur utile. Les GAFA ont construit leur modèle non en créant un produit ou service mais avec la résolution d’un problème. Le troisième super pouvoir serait le management pirate. Ils ont créé des environnements beaucoup plus propices à l’innovation et à l’agilité pour booster à la fois la créativité, la performance et la productivité. Leur quatrième super pouvoir est leur capacité à être des entreprises magnétiques : elles fonctionnent en réseau en étant capables de capter des interactions ou des unités de valeur multiples et de réussir à les agréger. Leur cinquième super pouvoir est l’action en temps réel qui s’appuie sur la gestion de la donnée qu’elles tracent et traitent notamment pour proposer du sur-mesure. Le sixième super pouvoir provient du fait que ce sont des entreprises infinies : elles atteignent un seuil de masse critique au-delà duquel chaque utilisateur aura un coût minime ou un coût zéro et proposera une rentabilité. Leur septième super pouvoir est l’intimité avec une connaissance très fine du client et contrairement à un modèle traditionnel qui propose le même produit ou service, elles proposent un service très adapté à chaque client.

Vincent Biard – Vous évoquez le concept de futur raisonnable, quel est-il ?

Gabrielle Peyrelongue- C’est un concept développé chez Fabernovel lors de la période de confinement avec d’abord l’attente et la question du retour au monde d’avant puis est venu ensuite la question de l’invention du nouveau normal. Cela nous semblait déraisonnable de revenir au monde comme il était avant. Il faudrait donc prendre des décisions raisonnables basées sur des faits et des données. Ensuite, le deuxième principe sera de pousser à un équilibre économique. En effet, si on favorise l’intérêt économique de l’entreprise au détriment des autres parties prenantes, cela n’est pas durable à terme et crée un risque. Ces décisions de futur raisonnables devront être culturellement et personnellement acceptables par chaque individu.

Vincent Biard – Ces concepts philosophiques sont-ils compatibles avec notre système économique ?

Gabrielle Peyrelongue- L’idée n’est pas de créer un monde utopique favorisant l’environnement et la société uniquement au détriment de la rentabilité d’autant que nous sommes une entreprise de conseil mais de réussir à inventer des modèles, des solutions ou des produits qui trouveront leur équilibre entre l’intérêt d’une entreprise et l’intérêt d’autres parties prenantes. Toute la subtilité de l’exercice est de trouver cet équilibre. Il y a une demande d’éthique des consommateurs que nous intégrons de plus en plus à nos processus de réflexions, c’est devenu indispensable dans la conception des modèles des entreprises que nous accompagnons.

En photo : Jérémy Taïeb  et Gabrielle Peyrelongue  ©Fabernovel

Pour télécharger l’étude : https://www.fabernovel.com/fr/clients/studies/gafanomics-quarterly-q2-2020





Articles récents