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Rendu public le 28 mars 2018, le « Rapport Villani » sur l’intelligence artificielle indique que la France est « en dehors » du top 5 mondial et préconise 10 principaux axes d’action pour que l’Hexagone rattrape son retard. Examen.

A l’heure où ces lignes sont écrites, les équipes du Président de la République, Emmanuel Macron, sont en train de préparer son intervention sur le sujet. Elle est fondée sur un rapport du député de l’Essonne Cédric Villani, mathématicien récompensé par la médaille Fields (équivalent du Prix Nobel, mais pour les mathématiques et pour les personnes âgées de moins de 40 ans). Ce rapport compte plus de 240 pages et résulte d’une demande du Premier Ministre, Edouard Philippe, formulée en septembre 2017. Le document, qui a été corédigé par Yann Bonnet, Directeur Général du Conseil National du Numérique, et par Marc Schoenauer, Directeur de Recherche à l’INRIA, résume plus de 420 entretiens avec des fournisseurs et des utilisateurs de solutions d’intelligence artificielle.

L’attente était d’autant plus grande que l’attente est forte (voir l’enquête de Spoking Polls) et l’infographie de Statista ci-dessous.

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Un rapport « consensuel et lucide »

De très nombreux experts ou acteurs impliqués dans l’intelligence artificielle ont d’ores et déjà réagi à la publication de ce rapport. Les plus alarmistes évoquent un rapport « lucide ». C’est le cas de Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo, qui a noté que le rapport ne place pas la France « dans le top 5 » dans le domaine de l’intelligence artificielle. « Il a vu juste, mais ce n’est qu’une première étape », a-t-il ajouté lors d’une interview sur Europe 1. Très alarmiste, cette intervention explique que la France a laissé le « monopole » de l’IA aux Etats-Unis et à la Chine : « La France va devenir un nain géopolitique », conclut-il. Il rejoint le rapport sur la question de la rémunération des chercheurs. En l’occurrence, le rapport que les salaires soient doublés dès le début de carrière, mais cette hypothèse ne semble séduire ni Matignon ni l’Elysée.

40% d’étudiantes pour l’IA

Le rapport Villani prône par ailleurs davantage de mixité et propose notamment de 40% des étudiantes en intelligence artificielle soient des femmes à partir de 2020. L’intenttion est louable, mais est-elle réaliste, sachant que la proportion d’étudiantes dans ce domaine en France reste inférieure à 15%. Il semble très ambitieux d’affirmer que la France va passer de 15% à 40% en moins de deux ans !

« Ce rapport est très consensuel, car il préconise une plus grande représentation des femmes et des efforts dans le domaine de la recherche, explique Virginie Dupin, vice-Présidente marketing EMEA de Pros, éditeur de logiciels utilisant des outils d’intelligence artificielle depuis une trentaine d’années*. L’on pourrait faire les mêmes commentaires pour les quatre secteurs prioritaires pour l’IA : la santé, la mabilité & les transports, la sécurité et l’environnement. On ne peut qu’être d’accord, mais est-ce vraiment disruptif ou la simple continuité de ce que de nombreuses entreprises ont engagé ? »

Virginie Dupin, vice-Présidente marketing EMEA de Pros

Virginie Dupin, vice-Présidente marketing EMEA de Pros

Des vertus pédagogiques saluées

« Le grand mérite de ce rapport serait de lever les nombreuses craintes qui freinent le développement de l’intelligence artificielle en Europe », ajoute Virginie Dupin. Depuis la publication de ce rapport, le 28 mars 2018, les réactions se multiplient, chacun défendant son point de vue : « Comment soutenir les petites entreprises innovantes dans le secteur face aux géants technologiques ? », demande Franck Gayraud, Directeur Général et cofondateur d’Arcure, cabinet conseil spécialisé dans l’intelligence artificielle. « L’Intelligence Artificielle (IA) se positionne progressivement comme une technologique majeure de la recherche biomédicale. Face à une masse considérable de données à traiter, les nouveaux outils d’IA posent l’enjeu de l’apprentissage par les données à travers le développement d’algorithmes et de méthodologies pertinentes », explique Yves Lévy, Président Directeur Général de l’INSERM, qui vient de signer un accord dans ce domaine avec la startup californienne OWKIN, cofondée par Gilles Wainrib et qui a mené à bien une levée de fonds de 11 millions de dollars en janvier 2018.

L’intelligence artificielle omniprésente

Tous les domaines sont concernés, y compris les ressources humaines. « La transformation digitale a déjà débuté, explique David Bernard, Directeur Général d’AssessFirst, cabinet spécialisé dans le recrutement prédictif. Elle a commencé par éliminer les libraires (Amazon), les chauffeurs de taxis (Uber, Lyft), les hôtelliers (Airbnb), les studios de photos (Instagram), les agences matrimoniales (Meetic, Match, Tinder), le SMS (Whatsapp), et arrive maintenant dans les RH. On parle aujourd’hui d’obsolescence des compétences. En effet, d’ici 5 ans maximum, 50% des compétences que l’on détient aujourd’hui seront rendues totalement moisies par la technologie. A l’inverse, 80% des métiers de demain sont encore inconnus alors qu’ils constituent un levier business immense »

« Nous nous félicitons que le gouvernement ait répondu rapidement et favorablement à la forte dynamique de l’écosystème. Il adresse un message d’espoir fort aux acteurs de l’IA (ndlr : intelligence artificielle) française en annonçant des mesures adossées à une analyse fine et qui vont dans le bon sens. Nous voulons y voir le premier pas vers un acte fort de souveraineté, et travaillerons à ce que la France et l’Europe réussissent avec l’IA ce qui a été raté avec le Web, inventé par des chercheurs Européens, mais industrialisé aux USA et en Chine », conclut Patrick Albert, président du Hub France IA.

Le 29 mars 2018 dans l’après-midi, le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé la création d’un programme national pour l’intelligence artificielle et la mobilisation d’1,5 milliard d’euros sur le sujet d’ici 2022, dont 500 millions d’euros de capitaux privés (voir son intervention en vidéo).

Pascal Boiron, Digital CMO

* Pros est un éditeur de logiciels de CPQ (Configure – Price – Quote) étasunien, qui utilise des outils d’intelligence artificielle depuis en trentaine d’années.


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